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Soignants - Les premières lignes

Une nouvelle dynamique

Philippe Guiot, réanimateur"Rien ne nous avait préparé à ça !" s’exclame Philippe Guiot, réanimateur et chef du Pôle de médecine intensive à Mulhouse. Le corps médical s’attendait à être confronté à quelques malades…

Le Docteur Guiot se souvient parfaitement du 2 mars : la réa de l’Hôpital Émile Muller de Mulhouse accueillait alors son premier patient ‘’à symptomatologie en rapport avec le Covid-19’’. « Un confrère, le Docteur Mootien, réanimateur infectiologue, a immédiatement eu l’intuition de faire protéger l’ensemble du personnel intervenu auprès de ce malade.

Nous lui devons une fière chandelle ! » Puis, en 3-4 jours le service s’est rempli, le centre d’appel du 15 a saturé. « Très vite, il a fallu réorganiser tout l’hôpital, séparer hermétiquement les accueils covid et non covid, réinventer une nouvelle façon de réguler le centre d’appel, créer ex nihilo des lits de réa… les renforts ont mis du temps à venir. »

L’osmose s’est faite

Mais lorsqu’ils ont été enfin là - volontaires, réservistes, militaires… , l’osmose s’est faite. Une véritable bouffée d’oxygène, selon le médecin qui
souligne la collaboration exemplaire avec l’armée. Le service de soins intensifs est resté sous tension bien après le déconfinement du 11 mai et le passage au vert de l’Alsace le 2 juin.

« L’élan de solidarité avait été énorme mais les comportements de mai et juin ont montré que la plupart des gens ne mesuraient pas ce qui s’était passé… on oublie vite. Quant à moi, je n’oublierai pas combien personnels soignants et administratifs ont su travailler main dans la main, et je veux croire qu’une nouvelle dynamique a vu le jour. Comme je veux croire que nos politiques ont enfin compris l’importance du système de santé français. »

 

 

Chacun a eu un rôle à jouer

Catherine, infirmmèreCatherine est infirmière à l’Hôpital Saint-Jacques de Thann, établissement du groupe hospitalier de la Région de Mulhouse et Sud Alsace. Là aussi, l’arrivée du Covid a été brutale.

« Fort heureusement, nous avons pu commander rapidement les équipements de protection nécessaires à notre toute petite équipe. Il a fallu réfléchir très vite à l’organisation qui nous permettait d’accueillir les patients avec un maximum de sécurité.

Bien sûr, j’ai senti l’angoisse poindre, mais je n’ai pas voulu la laisser prendre le dessus. Il fallait rester dans l’action.

Chacun à son niveau a agi comme un maillon indispensable de la chaîne et tous ont eu cette pleine conscience de l’importance du rôle de chacun. C’était très fort ! Au final, nous avons fait la preuve que de petites structures telles que la nôtre ont toute leur place dans le système de soins, et ça, c’est une vraie fierté ! »

 

Prêter main forte dans la tempête

« D’abord, nous avons été surpris par l’afflux de pneumopathies graves. Puis par une ‘’grippe’’ qui s’est brutalement aggravée, des états de grande faiblesse… Enfin, nous avons pu mettre un nom sur des symptômes extrêmement divers : Covid-19. »

Urgentiste et réanimateur à la retraite, le Docteur Jean-Marie Haegy n’a jamais cessé son activité. Le 8 mars, appelé en renfort au centre 15 de Mulhouse, il prend conscience du drame. « 1 200 appels en une journée, du jamais vu ! » Et ça n’était que le début. D’hôpital en hôpital, il prête main forte. « Un matin, j’ai appris avec soulagement que la clinique Diaconat-Roosevelt ouvrait 12 lits de réa mais à 11h je prenais le dernier lit pour un de mes patients ! J’étais abasourdi. »

Pourtant cette épidémie n’était pas sa 1ère. Dans l’humanitaire, il a combattu le choléra. « Mais le traitement était connu même si c’était une
course contre la montre. Et puis, je ne l’avais pas vraiment intériorisé. Jamais je n’aurais imaginé dans ma région les évacuations de patients, les renforts venus d’ailleurs… ni toutes ces rencontres extraordinaires dans le partage d’une

 

Des liens puissants nous lient désormais

Florianne, ambulancièreUne nuit, Floriane Heller, ambulancière, a laissé sa plume courir sur le papier. Poser les mots pour extérioriser les maux. Quatre pages d’émotion pure, résumées avec grand peine…

« Le 4 mars, nous avons évacué un patient vers Strasbourg. A cette date, nous pensions que cet hôpital suffirait. Rien ne présageait encore la catastrophe que nous allions vivre. L’annonce du confinement a fait l’effet d’une bombe chez les ambulanciers.

Nous étions depuis plusieurs semaines déjà, dans la chaîne de soins, le 1er contact physique avec les malades infectés. Il a fallu s’adapter en quelques heures dans un flou total. Le protocole de désinfection mis en place a prolongé le temps de nos interventions. Nous n’avions pas droit à la moindre faute d’hygiène, c’était épuisant d’y penser tout le temps : nous pouvions devenir nous-mêmes de véritables bombes virales. Il a fallu rationner le matériel, même si, heureusement, ma société avait conservé des stocks de la grippe H1N1.

Le jour où nous sommes partis en convoi à 5 ambulances, je me suis dit qu’il n’était pas nécessaire d’aller au bout du monde pour faire de l’humanitaire. Face aux familles angoissées, les mots rassurants étaient difficiles à prononcer. Dans l’ambulance le silence était de plomb.

Heureusement sur la route, les pouces levés, les applaudissements nous ont fait tenir bon. Médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers…
face aux Covid-19, nous avons tous été logés à la même enseigne avec le même indéfectible dévouement et, aujourd’hui, les mêmes cicatrices.

Des liens puissants nous lient désormais. Or, légalement, nous ne faisons pas partie de ce que l’on appelle « la chaîne de soins » et nous ne sommes pas invités à prendre part au Grenelle de la santé. »