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rSa : explorons de nouvelles voies

 
Le Département du Haut-Rhin compte à ce jour 20 201 foyers allocataires du rSa. Depuis 2010, le nombre de ces foyers a augmenté de 61 %. Le versement de cette allocation représente un budget de près de 100 M€ en 2016. 

Les conseillers départementaux du Haut-Rhin ont adopté à l’unanimité moins une abstention une proposition conditionnant le versement du rSa à une activité de bénévolat. La montée du chômage et de la précarité entraîne une hausse difficilement maîtrisable des dépenses sociales obligatoires, plaçant certains départements dans une cruciale impasse financière. Si le Département du Haut-Rhin pour l’heure fait face, il apparaît de manière évidente que ces politiques d’aides ne seront plus suffisantes à l’avenir pour répondre à la réalité des enjeux économiques et sociaux. L’État compensant de moins en moins la dépense d’allocation rSa, ce sont aujourd’hui 50 M€ sur un total de 100 M€ qui sont à la charge exclusive du Département, hypothéquant gravement ses capacités d’actions et d’investissements en faveur du développement économique et de l’emploi. Convaincu qu’il nous faut inventer de nouvelles réponses collectives et explorer de nouvelles voies, le Conseil Départemental a proposé la mise en place d’un dispositif innovant conditionnant le versement du rSa à une activité de bénévolat à raison de 7h hebdomadaires au service d’associations, de maisons de retraite… A travers cette démarche, le Conseil Départemental entend inverser la spirale négative dans laquelle sont engagés de nombreux allocataires et leur permettre de reprendre confiance, d’accéder à de nouveaux savoir-faire et de retrouver pleinement leur place au sein de la société. Cette initiative a suscité d’innombrables réactions.

Même si le Gouvernement devait renationaliser le financement du rSa, le Conseil départemental du Haut-Rhin souhaite pouvoir expérimenter son initiative.

Paroles de Haut-Rhinois

Anthony Graizely, Falkwiller

« Dans un contexte de crise, de chômage persistant, nous avons un incontestable devoir de solidarité envers les exclus. Mais l’argent de la solidarité ne tombe pas du ciel ! Alors oui, j’adhère totalement à cette idée. Je ne veux stigmatiser personne, mais il y a des excès et il nous faut tous faire des efforts pour sortir de la crise. Je sais de quoi je parle. Je suis intermittent du spectacle et ce statut risque à l’avenir d’être mis à mal à cause de gens qui ne jouent pas le jeu. »  

Jo Velten, Président de la « Boutique coup de pouce » à Munster

« Je suis favorable à la mesure, à condition qu’il y ait un véritable accompagnement de la personne au  rSa dans le poste et une intégration dans l’équipe. Cela permettra de la sortir de son isolement et lui redonnera confiance en soi.Cela pourra changer le regard de l’équipe sur le rSa et les personnes qui en bénéficient. La structure sera valorisée en faisant œuvre de citoyenneté. Cet accompagnement (sorte de tutorat) sera la rémunération non monétaire du travail effectué. Je suis contre la mesure, si la personne au  rSa est placée là, sans accompagnement ni perspective. Cela accroîtra encore sa propre déconsidération et le jugement négatif sur la précarité de ses collègues. Certains considéreront ma position comme un inaccessible rêve, mais c’est déjà un idéalisme appliqué au sein de l’épicerie Solidaire de Munster. »

« Non à la stigmatisation »

« Du bénévolat ? Plutôt des heures de travail qui ne disent pas leur nom ». « Une initiative qui risque de tourner à l’emploi déguisé comme cette farce de service civique ».  Mais si les collectivités, les associations… sont demandeuses d’heures de bénévolat, n’est ce pas parce qu’il y a des besoins non pourvus par l’emploi ? Ce dispositif ne servirait donc qu’à fournir de la main-d’œuvre gratuitement et généraliserait les emplois précaires ». « Jamais n’a été évoqué le cas des très nombreux bénéficiaires potentiels du rSa qui, par manque d’information, par fierté… n’en bénéficient pas alors qu’ils y auraient droit ». « La plupart des allocataires rSa échangeraient bien leur sort avec ceux qui les stigmatisent ».

« Oui à l’activité qui facilite la réinsertion »

« Certes, les allocataires du rSa les plus cabossés par la vie sont incapables de s’engager dans une association, mais il n’en reste pas moins vrai que la réciprocité est le principe même de la vie en société. Sans elle rien n’est possible, ni relations sociales, économiques encore moins sentimentales. Rien de plus normal donc que de venir en aide à des gens qui par leur travail ont contribué à me maintenir à flot ». « Si tout travail mérite salaire, tout salaire mérite travail. 524 euros, c’est plutôt bien payé pour 7 heures de bénévolat. Beaucoup de nos éleveurs laitiers n’en ont pas autant !». « Inhumain, d’imposer par la contrainte un travail à des gens sans leur proposer un véritable salaire en retour? N’est-ce pas bien plus inhumain que de les laisser chez eux, sans emploi, sans aucune activité, parfois totalement coupés de la société ? Au-delà de notre devoir de solidarité nous avons l’exigence de donner à tous les moyens de retrouver pleinement leur place au sein de la société. Bien plus qu’un signe de reconnaissance sociale, c’est une question de dignité ».

« Je suis partante ! »

Géraldine a 25 ans et a terminé il y a 3 ans sa formation de photographe.

Pour l’obtention de son diplôme Géraldine a dû contracter un prêt étudiant d’un montant de 9500 euros €. Très volontaire, elle n’hésite jamais à faire des petits boulots pour rembourser son prêt, tant bien que mal, mais aussi pour financer son permis de conduire dont elle sait qu’il est le sésame pour intégrer le monde du travail. La profession de photographe offrant très peu de perspectives, Géraldine souhaite se réorienter dans le domaine de la cuisine, sa seconde passion. Depuis ses 25 ans début mars, Géraldine a droit au rSa. 461 € par mois qui lui permettront, si elle l’obtient, de solder son prêt et d’achever sa formation à la conduite. Mais elle a d’ores et déjà pris les devants et a démarché les responsables de la maison de retraite dans laquelle travaille sa maman et qui seront heureux de l’accueillir comme collaboratrice bénévole de la personne en charge de l’animation. « Et ce ne sera absolument pas une corvée, bien au contraire ».    

Cessons de stigmatiser les personnes en difficulté

Michel Vanwormhoudt, ancien cadre de Pôle emploi

Le buzz sur le RSA orchestré par le Président du Conseil départemental de Haut-Rhin doit être replacé dans un contexte national dans lequel des élus stigmatisent régulièrement les bénéficiaires des minimas sociaux, les accusant de se complaire de leur situation et les qualifiant d’assistés. Est-il besoin de rappeler que les bénéficiaires du RSA sont pour la très grande majorité d’entre eux des accidentés de la vie, sans qualification, ayant perdu leur emploi à un âge avancé, vivant seuls avec des enfants à charge et / ou confrontés à des problèmes de santé… Dans une interview récente sur France inter, Dominique Bussereau, Président de l’association des Présidents des conseils départementaux a estimé à 1 à 2 % le pourcentage de fraude au RSA en France. Le pourcentage de fraudeurs en tout genre doit être sensiblement le même dans toutes les catégories de la population mais les sommes en jeu doivent être beaucoup plus importantes dans la «  France d’en haut » que dans la «  France d’en bas ».