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Inondations : Prévoir, anticiper, protéger

Voilà plus de trente ans, que le Département du Haut-Rhin a engagé une ambitieuse politique de protection des populations contre les risques d’inondation. De nombreuses avancées ont été faites, même si le risque zéro n’existera jamais.

Crue de la Lauch à Guebwiller. Février 1990.

Notre département est riche de chroniques relatant les effets dévastateurs des crues de l’Ill et du Rhin. Crues hivernales pour l’Ill, printanières pour le Rhin. Mais lorsqu’une crue précoce du Rhin et une crue tardive de l’Ill faisaient que les deux cours d’eau mêlaient leurs eaux de débordement, c’était toute la plaine du Rhin qui se trouvait sous les eaux. Malgré ce risque, partout dans le Haut-Rhin, et particulièrement depuis la fin du XIXe siècle, l’homme a empiété sur les zones inondables et sur les lits majeurs en y implantant maisons, usines, commerces, routes… Des situations dont nous avons héritées et qu’il nous faut aujourd’hui gérer. Aussi brutales et dévastatrices qu’elles peuvent l’être, les inondations remplissent également de nombreuses fonctions bénéfiques tant pour l’agriculture que pour la recharge des nappes phréatiques dans lesquelles nous puisons notre eau potable. Il s’agit donc tout autant pour notre collectivité de se protéger des excès de nos cours d’eau, que de préserver un patrimoine inestimable.

Le Haut-Rhin, ce sont près de 4 500 km de cours d’eau dont 1  000 km de rivières principales. Un patrimoine riche et original qui a pour contrepartie d’exposer 250 communes au risque d’inondation.

Les travaux de maintenance du barrage de Kruth-Wildenstein, qui ont débuté en août 2019, viennent de se terminer. Cet ouvrage assure un rôle essentiel de stockage d’une partie des eaux de crues de la Thur.

Parfois brutales et dévastatrices, les inondations remplissent également un rôle essentiel de recharge des nappes phréatiques. Ici, près d’Illhaeusern, les eaux de débordement des nombreux cours d’eau du Ried de Colmar s’infiltrent et s’épurent à travers les prairies, contribuant à la réalimentation de la nappe phréatique rhénane, plus puissant aquifère d’Europe.

TOUS SYNDIQUÉS !

Le Département du Haut-Rhin a la particularité unique en France d’entretenir des centaines de kilomètres de cours d’eau grâce aux Syndicats de rivières. Créés entre 1898 et 1908 à l’époque de l’annexion de notre territoire au Reichsland, les syndicats de rivières ont défendu voilà plus d’un siècle déjà, l’idée d’une gestion globale et systémique de nos cours d’eau, d’une solidarité amont-aval. Cette philosophie nous en avons héritée et nous l’avons cultivée. Aujourd’hui, ce sont toutes les communes et communautés de communes riveraines des cours d’eau qui sont regroupées au sein de 10 syndicats mixtes de rivières avec, à leurs côtés, le Département qui leur apporte son soutien financier. Une organisation qui permet une gouvernance adaptée à chaque syndicat mais surtout un coût de fonctionnement très faible grâce à une mutualisation des moyens.
Pour faire face aux évolutions réglementaires, le Syndicat Rivières de Haute-Alsace a été créé en 2017. Composé des Syndicats de rivières et du Département, cette nouvelle structure, unique en France, vise à mutualiser l’ingénierie en matière de gestion de rivières à l’échelle du territoire du Haut-Rhin, mais permet aussi d’assurer une gestion cohérente et solidaire sur l’ensemble des cours d’eau et de pérenniser l'action du Département.

IL N’Y AURA JAMAIS DE RISQUE ZÉRO

Quelques années après que la loi NOTRe ait confié aux communes et aux groupements de communes de nouvelles responsabilités pour la gestion des milieux aquatiques et des inondations, le Département et les syndicats de rivières peuvent afficher un bilan des plus positifs. Grâce à plus de 180 millions d’euros d’investissement au cours de ces 30 dernières années, les 10 barrages départementaux, les 950 seuils et vannages, les 50 bassins de rétention de crues, les 250 km de digues et l’ensemble des ouvrages hydrauliques ont pu bénéficier d’un entretien constant. Rien toutefois n’est jamais acquis en matière de gestion des crues et le risque zéro n’existera jamais. Si l’on peut raisonnablement penser que nos efforts permettent de protéger les Haut-Rhinois jusqu’à la crue centennale, les événements exceptionnels continueront à les atteindre. Les bouleversements climatiques en cours risquent par ailleurs d’avoir des conséquences non négligeables sur l’ampleur des crues à venir. Les modèles prospectifs les plus fiables en effet prévoient tous des épisodes pluvieux beaucoup plus intenses.

Grâce entre autres aux 37 stations de mesure de niveau des cours d’eau, le Département a développé un modèle de prévision des crues. Retrouvez toutes les informations relatives aux actualités de Rivières de Haute-Alsace et des syndicats mixtes sur www.rivieres.alsace

Zone humide naturelle ? Non, bassin d’orage qui se fait paysager ! La fonction de ces bassins, comme ici à Bisel, est de stocker de manière temporaire les eaux de pluie lors d’événements orageux majeurs et d’éviter inondations et coulées de boues.

Rien n’est jamais acquis en matière de gestion des crues et le risque zéro n’existera jamais. Les événements exceptionnels continueront à nous atteindre 

Des rivières vivantes

Nos rivières ont trop longtemps été considérées comme de simples chenaux évacuateurs d’eau. Des rivières aménagées dans le seul but d’évacuer au plus vite l’eau excédentaire, quitte à inonder ses voisins situés en aval ! Or une rivière est un organisme vivant, complexe, une longue suite d’enchaînements. Un équilibre fragile que l’homme a trop longtemps contribué à perturber par ses aménagements. Depuis plus de 20 ans, notre Département s’est fait une spécialité en matière de renaturation des cours d’eau. Très concrètement, ce sont des dizaines de milliers d’arbres qui ont été plantés le long des berges, des bras morts qui ont été remis en eau, les derniers tronçons sauvages de rivières et leurs zones inondables qui ont été acquis et protégés, des champs d’épandage qui ont été reconstitués afin de stocker l’eau excédentaire et de limiter les risques de coulées de boues. Le maître mot des aménagements actuels est de retrouver des rivières vivantes formant l’ossature d’une trame environnementale et de retenir le maximum d’eau en préservant les zones inondables.

Le Département a développé une ingénierie hydraulique pour la renaturation des cours d’eau et la protection contre les inondations.

Renaturation menée par le Syndicat mixte du bassin de l’Ill et Rivières de Haute-Alsace d’une zone de 10 ha située le long de l’Ill. Cette opération s’inscrit dans le projet Mulhouse Diagonales qui vise à remettre en valeur les cours d’eau dans la traversée de Mulhouse.

L’interview

Questions à Olivia Ghazarian, Directrice de Rivières de Haute-Alsace

Les inondations qui ont dévasté les vallées des Alpes-Maritimes vont, du fait du réchauffement climatique, « revenir de plus en plus souvent » a averti récemment la Ministre de la transition écologique, Barbara Pompili.  Notre très riche patrimoine aquatique fait-il du Haut-Rhin un département potentiellement à risque ?

Oui le risque inondation est bel et bien très présent dans notre département où les 2/3 des communes sont dans des zones à risques. Les dernières grosses inondations datent de 1990 et ont provoqué des dégâts considérables dans les vallées vosgiennes et dans la plaine, à l’image de ce qui s’est passé récemment dans les Alpes-Maritimes. La configuration géographique de notre territoire est à l’origine de différents types d’inondation : les crues rapides d’hiver des rivières vosgiennes liées à de fortes pluviométries sur les sommets vosgiens combinées à la fonte de neige, les crues de printemps des rivières sundgauviennes liées aux sols plus argileux et aussi les inondations par ruissellement liées à des épisodes orageux sur les coteaux et dans le Sundgau. 

Que fait notre collectivité pour limiter les risques, les anticiper, en atténuer les conséquences ?

La solidarité de bassin versant et la mutualisation des moyens sont les clés de la gestion des rivières sur notre territoire. En effet, nous avons la particularité d’avoir des Syndicats de Rivières dont l’existence remonte à la fin du XIXe siècle. Ces syndicats ont pu perdurer grâce à l’implication financière mais aussi technique du conseil départemental. Les investissements réguliers réalisés pour l’entretien et l’aménagement d’ouvrages de protection contre les inondations nous permettent aujourd’hui d’être moins vulnérables. Notre territoire est ainsi protégé par 250 km de digues et un millier d’ouvrages de stabilisation du lit et dispose d’une capacité de stockage d’eau de crue de 15 millions de m3 grâce aux barrages appartenant au Département. Depuis 1990, le Département et les syndicats de rivières ont investi 180 millions d’euros dans la protection contre les crues, la renaturation des cours d’eau, des zones humides et la préservation des champs d’inondation. Aujourd’hui, Rivières de Haute-Alsace a repris le flambeau du Département et assure l’assistance technique de ces syndicats pour garantir une gestion cohérente sur tout le bassin versant. Sur l’aspect inondation, nous réalisons ainsi des modélisations hydrauliques très précises pour identifier les zones à risques et dimensionner les ouvrages de protection pour une crue « centennale ». Mais nous portons également de nombreuses opérations de renaturation. »

Exposition Les pieds dans l’eau ?
30 ans après les inondations dévastatrices de février 1990, le Haut-Rhin se souvient à travers une exposition itinérante. Programme sur
www.rivieres.alsace