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Orgues, une histoire de familles

Orgue Callinet de Sainte-Croix-en-Plaine
La restauration de l’orgue Callinet de Sainte-Croix-en Plaine, par la Manufacture d’orgues Jean-Christian Guerrier, de Willer, sera inaugurée en 2017.

2016 fut une belle année pour les orgues haut-rhinoises. Trois d’entre elles ont pu résonner de leurs plus belles harmonies après rénovation complète. L’occasion de survoler l’histoire de cet instrument bien de chez nous.

Bien de chez nous, l’orgue ?  En effet, c’est en Alsace, puis en Lorraine, que l’on compte le plus grand nombre d’instruments.  Chaque village, pour ne pas dire chaque église et chaque temple, possède le sien. « Mais, c’est le pays des orgues ! » s’était exclamé, en 1844, Aristide Cavaillé-Coll, illustre facteur d’orgue parisien du XIXème siècle, en voyage d’étude en Alsace. Il venait d’effectuer un périple chaotique pour découvrir, à son grand étonnement, un orgue de plus au fin fond de la campagne sundgauvienne.
La limite de cette spécificité se situe en Moselle, exactement sur la frontière linguistique entre anciens parlers germaniques et francophonie. A l’est, des orgues à foison ; à l’ouest, à peine un ou deux instruments par canton.  Pour Christian Lutz, technicien-conseil pour les orgues auprès des monuments historiques,  la culture germanique avec son nombre important de chorales, son grand sens communautaire (les familles souscrivaient pour la construction de l’orgue) et son émulation entre catholiques et protestants expliquerait cet intérêt pour l’instrument « tout en un », idéal pour accompagner le chant religieux.
Hors instruments privés, l’Alsace compte plus de 1250 orgues, dont 460 dans le Haut-Rhin. Parmi eux, des instruments de prestige. Mais si l’immense majorité des instruments reste de taille modeste, chaque orgue, souvent joué au fil des siècles par l’instituteur du village, est le résultat d’une bataille pour son financement puis d’une lutte entre sa sauvegarde et son adaptation à l’évolution du répertoire et de la pratique musicale.

La France compte autour de 8 000 orgues dont plus de 1200 se trouvent en Alsace. Le Haut-Rhin est le 3ème ou 4ème département le mieux doté, l’inventaire des orgues du Nord n’ayant pas encore été publié.

Une école, deux dynasties

Deux grands centres de la facture d’orgue ont dominé les XVIIIème et XIXème siècles dans le Haut-Rhin. Louis Dubois, fondateur de l’école d’Ammerschwihr, construisit en 1762, dans cette commune, l’un de ses tous premiers instruments, vitrine de son savoir-faire. En 1911, ses lointains successeurs, Martin et Jospeh Rinckenbach, édifièrent un grand orgue romantique dans ce buffet baroque, digne d’une grande ville, voire de Paris, disait-on. C’est sous leur ère que s’éteindra, l’école d’Ammerschwihr, en 1940.
C’est aux frères Callinet, installés à Rouffach en 1787, que l’on doit l’autre grand centre de la facture d’orgue dans le Haut-Rhin. A son apogée, entre 1830 et 1850, le centre de Rouffach fournit en orgues tout l’Est de la France, de Strasbourg à Marseille. Plus standardisés grâce à une fabrication préindustrielle et d’une très grande robustesse, les orgues Callinet sont aussi meilleur marché. De nombreux employés travaillent pour les deux frères, Joseph et Claude-Ignace, qui assurent, par monts et par vaux,  le développement commercial et … l’harmonie des instruments. La seconde guerre mondiale, mettra fin à cette épopée, comme elle le fit pour l’école d’Ammerschwihr.

Amour, délice et orgue les seuls mots de la langue française à être masculins au singulier et féminins au pluriel.

Mais évoquer Callinet convoque immanquablement Silbermann. L’autre dynastie de l’orgue en Alsace. Installé à Strasbourg, en 1701, le Saxon qui ne parlait pas un mot de français, ne tarda pas à rejoindre Paris pour se former, deux ans durant, « dans le goût des orgues français ».  Plus de 90 orgues Silbermann, d’une grande élégance visuelle et d’une grande finesse sonore, se répandirent en Alsace pendant les 80 ans d’activité d’André puis de son fils, Jean-André. Le dernier orgue Silbermann fut achevé en 1783 par Johann Josias, fils de Jean-
André, qui ne survécut pas longtemps à son père.

Orgue dAmmerschwihr
L’orgue d’Ammerschwihr de Louis Dubois, construit en 1762 fut reconstruit en 1911 par la famille Rickenbach. Sa restauration, achevée en 2016, a été menée par la Manufacture d’orgues Muhleisen d’Eschau.

 

Orgue Callinet de Pfaffenheim
L’orgue Callinet de Pfaffenheim, contruit en 1839, a été récemment restauré par Hubert Brayé, Maître facteur d’orgues à Mortzwiller.

Orgue d'Eschentwiller
L’orgue Silbermann d’Eschentzwiller, construit en 1738, fut racheté en 1792 au couvent des Unterlinden de Colmar, fermé à la Révolution. Il resplendit aujourd’hui grâce à la Manufacture Blumenroeder de Haguenau.

De l’étain… et de l’argent 

Un inventaire des orgues de France a été lancé en 1980. Il fut souvent l’occasion de redécouvrir les instruments présents dans les régions. L’inventaire haut-rhinois fut le premier publié. Depuis, de nombreux travaux ont été effectués. L’Etat intervient financièrement pour les orgues classés au titre des Monuments historiques; le conseil départemental, au titre du « patrimoine non protégé », soutient aussi la restauration des orgues non classés.  La fondation du patrimoine apporte également son aide pour de nombreux travaux. Mais ces opérations, souvent d’envergure, ne pourraient aboutir sans la participation financière des communes, des conseils de fabrique, des citoyens (dans le cadre de souscriptions) ou encore d’associations.

Pour plus d’informations : Découverte des Orgues d’Alsace (DAO) : decorguesalsace.free.fr - A la découverte de l’Orgue : decouverte.orgue.free.fr