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Mémoire – Le linge, suaire des poilus


Après d’importants travaux d’extension et de modernisation pour un montant de plus de 480 000 euros dont une aide départementale de près de 92 000 euros, le musée mémorial du Linge, qui accueille chaque année plus de 40 000 visiteurs dont de nombreux scolaires, est à nouveau ouvert au public depuis ce printemps.

  Le tout nouveau musée-mémorial du Linge nous raconte un haut lieu de souffrances et de mort.

 


En période estivale, le mémorial du Linge accueille plus de 250 personnes par jour.

Lorsque le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, elle compte depuis 1871 dans son territoire l’Alsace et la Moselle. Très rapidement s’engagent entre les deux belligé- rants des combats meurtriers. Le plan français prévoit de pousser à l’ouest des Vosges sur Sarrebourg et à l’est de progresser, depuis Belfort, sur Neuf-Brisach et le Rhin en prenant Mulhouse et Colmar au passage avant de remonter sur Strasbourg. L’avance française est rapide et bientôt Colmar est à portée de canons. Mais la riposte allemande va pousser au repli. L’agressivité des belligé- rants se reporte alors sur le massif des Vosges où une terrible guerre de position, jalonnée d’affrontements d’une extrême violence, va s’engager.

Dès le mois de septembre 1914, la région de Munster est le théâtre de combats sanglants sur le Hohrodberg et le Reichackerkopf. Au début de l’été 1915, l’état major français programme une offensive de grande ampleur sur le massif du Linge. L’assaut débute le 20 juillet et ne s’achève que vers la fin octobre 1915.

LE TOMBEAU DES CHASSEURS

L’offensive du 20 juillet 1915 se heurte à une résistance acharnée de la Landwehr bavaroise. L’armée allemande en effet avait eu le temps, mais surtout avait disposé des infrastructures nécessaires pour bâtir de très solides systèmes défensifs, dont d’imposantes tranchées maçonnées. L’armée fran- çaise pourtant avait été prévenue : « le Linge sera le tombeau des chasseurs » annonçait l’adversaire sur les pancartes.

Pour la seule journée du 4 août plusieurs dizaines de milliers d’obus tombent sur le secteur et 2 000 soldats trouvent la mort. Entre le 20 juillet et le 15 octobre 1915, les combats du Linge feront 17 000 victimes dont 10 000 soldats français. Tout le monde en convint après coup : la valeur stratégique du site ne justifia absolument pas de tels sacrifices.  

17 000 victimes en moins de 3 mois de combats. Aucun autre site des Vosges n’offre un tableau aussi saisissant et émouvant de ce que fut la guerre des tranchées.

VISITER, DÉCOUVRIR, COMPRENDRE ET PARTIR EN GUERRE CONTRE L’OUBLI

Aucun autre site des Vosges n’offre un tableau aussi saisissant et émouvant de ce que fut la guerre des tranchées. A côté des systèmes de défense allemands très bien conservés et du vestige des tranchées françaises en terre meuble, le muséemémorial du Linge, dont les importants travaux de rénovation ont porté sur l’extension de l’espace muséographique, le renforcement des équipements multimédias…, présente de nombreux objets trouvés sur le site. Un circuit historique « 1914- 1918 : Hohrodberg-Linge » d’une longueur de 10 km, fléché avec de nombreuses photos et de panneaux didactiques, permet d’aller à la découverte de la totalité du site et d’accéder à une trentaine d’ouvrages de toutes sortes.

Le Linge est l’un des 7 sites haut-rhinois retenus dans le cadre du projet de labellisation UNESCO porté par l’association Paysages et sites de mémoire de la Grande Guerre.

Le Collet du Linge est situé à 1 000 m d’altitude sur la route (D11 VI) reliant le col du Wettstein et les Trois-Epis. Ouverture du vendredi saint au 11 novembre.

Emilie Helderlé

Conseillère départementale du canton de Sainte-Marie-aux-Mines Egalement adjointe au maire d’Orbey, elle a fait de la préservation du patrimoine naturel et culturel, l’un de ses engagements.

« Avec la mort du dernier poilu en 2008 et des vétérans de la deuxième guerre mondiale de moins en moins nombreux d’année en année, les lieux de témoignage et de transmission de la mémoire comme celui du Linge ont un rôle de plus en plus essentiel à jouer. Afin de garder vivants dans la mémoire des jeunes générations, en particulier, ces événements majeurs dont la lumière nous est essentielle pour la compréhension du monde d’aujourd’hui. D’ailleurs ne faut-il pas s’inquiéter qu’au moment même où nous inaugurons l’extension du musée mémorial du Linge, enflent un peu partout en Europe des discours nationalistes, que l’idée même de construction européenne semble menacée ?

Ce musée-mémorial, animé par une formidable équipe de béné- voles, doit contribuer à ce que l’histoire ne se répète pas et que jamais ne se réalise la prophétie de Churchill qui affirmait qu’«un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.»