Back to top

La vie et rien d’autre

Jean-Paul Burget

En Alsace, il se bat pour la sauvegarde de la faune sauvage et pour son représentant emblématique, le Grand Hamster. En Afrique, il traque braconniers et trafiquants d’animaux sauvages au péril de sa vie.

Impossible pour qui rencontre la première fois Jean-Paul Burget de ne pas se dire que cet homme est un tantinet mythomane. Une simple vie d’humain ne peut raisonnablement suffire à mener autant de combats. Et bien si. Ce petit homme jovial et rieur  est de la race des plus grands. Nombreux sont ceux à l’avoir compris. Jean-Paul a eu droit à des portraits élogieux dans  le Wall Street Journal, sur la BBC. Des magazines italiens, canadiens et même russes ont parlé de ces combats. En France, « Envoyé Spécial » lui a récemment consacré un sujet, et Télérama va jusqu’à se demander si Jean-Paul Burget n’est pas de la race des « Superhéros ». Mais le plus bel hommage est récemment venu de Stefano De Luigi, photoreporter au magazine GEO, que Jean-Paul a guidé pendant plus d’un mois en Afrique pour un reportage sur le trafic d’animaux sauvages.

« C’est un personnage follement romanesque »

« J’ai beaucoup baroudé, mais Jean-Paul est une rencontre essentielle dans ma vie. C’est un homme généreux, droit, intègre, courageux qui a résolument choisi son camp. Jean-Paul est un authentique Don Quichotte. Son action n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans le désert, mais n’avons-nous pas besoin de cette goutte pour continuer à espérer un futur meilleur? ». Ces éloges, Jean-Paul sait qu’il ne peut les garder pour lui tout seul. Car derrière chaque grand homme, il y a une (grande) femme. Et derrière Jean-Paul, il y a Sylviane, sa compagne. Sylviane, ce sont plus de 400 jeunes chevreuils élevés au biberon puis relâchés dans la nature au cours de ces trois dernières décennies, et probablement un bon millier d’écureuils, de hérissons, de lièvres, de chouettes… sauvés d’une mort certaine. Deux gouttes d’eau à eux deux.

L’arche de Noé

Pas un seul centimètre carré du pavillon qu’occupent Sylviane et Jean-Paul à Wittenheim qui ne soit dédié au vivant. Au sous-sol, des dizaines de cages occupées par des tortues exotiques, des iguanes, des pythons, et autres animaux exotiques saisis par les douanes ou abandonnés par leurs propriétaires. A l’extérieur, des volières qui abritent d’innombrables espèces locales trouvées blessées ainsi que les élevages de Jean-Paul : vanneaux huppés, canards… et bien sûr  grand hamster d’Alsace. Celui par lequel tout a commencé. L’animal qui fait tomber Jean-Paul dans le lyrisme. « Ce fut le coup de cœur au premier regard. Je ne peux pas t’expliquer ma passion pour cet animal. C’est comme avec une femme, quand elle te plaît, elle te plaît ! ». Son combat pour le grand hamster a valu à Jean-Paul ses plus belles victoires devant les tribunaux mais aussi les pires ennuis. Entre autres, cette balle « perdue » -d’après le rapport de gendarmerie- qui a traversé la carlingue de sa voiture à une dizaine de centimètres de sa tête. « La nature ici, tout le monde s’en fout. Les Africains ont pris de l’avance. Au Tchad, tuer un éléphant est aussi grave que tuer un Général ».
L’Afrique, le nouveau combat de Jean-Paul depuis une dizaine d’années. D’abord au Cameroun et aujourd’hui au Tchad. Il s’y rend chaque année pour y contribuer à la lutte contre le trafic d’espèces protégées, le plus lucratif après les trafics de drogue et d’armes.

J’ai fait mettre au gnouf une centaine de trafiquants

 

Salut Général, c’est Jean-Paul

Jean-Paul, c’est le don de la rencontre. Au Cameroun et au Tchad, il connaît tout le monde, ministres et plus hauts gradés de l’armée. « D’ailleurs, il faut que j’appelle Bouba ». Bouba ? Le Général Bouba Dobekreo, Commandant en chef de la force multinationale de lutte contre Boko Haram au nord Cameroun. Les deux hommes travaillent ensemble depuis de longues années car le groupe terroriste s’autofinance en partie grâce au lucratif trafic d’animaux sauvages. Deux sonneries et le Général décroche. S’ensuit un échange chaleureux. Ça  l’amuse beaucoup Jean-Paul, que de parler d’égal à égal à un Général, lui qui n’a jamais fait son service militaire! Très officiellement, Jean-Paul est depuis plusieurs années, agent spécial du Gouvernement tchadien. Sa grande connaissance du milieu du trafic d’animaux a permis, selon ses propres termes, de « mettre au gnouf près d’une centaine de trafiquants », mais également de faire saisir des centaines d’armes de guerre, de contribuer à libérer un otage. Au prix d’un lourd tribu, il est vrai. « Plus de cinquante défenseurs  de l’environnement ont perdu la vie autour de moi au cours de ces dernières années ». Le pessimisme de la raison oblige Jean-Paul à l’optimisme de la détermination. Pour lui, c’est une certitude : continuer à se battre sachant que la situation est désespérée donne à la vie sa véritable grandeur.

En chiffres
17 ce que rapporte chaque année en milliards le trafic d’animaux sauvages
300 le nombre de tonnes de viande de brousse qui rentrent illégalement en France chaque année
100 le nombre de trafiquants que Jean-Paul a contribué à arrêter