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La Schlucht au sommet

Barrée par d’importants abrupts rocheux, la Schlucht est restée pendant des siècles à l’écart des voies de communication. Son étymologie est d’ailleurs sans équivoque : le terme allemand Schlucht désignant gorge, étranglement rocheux.

«La Schlucht ne comporte que quelques maisons, un poteau indicateur et les restes de l’ancienne borne frontière qui séparait, avant la guerre, la France de l’Allemagne et ne marque plus aujourd’hui que la limite de l’Alsace. Le poteau indicateur annonce que l’altitude est de 1236 mètres, que Gérardmer, à gauche, est à treize kilomètres et Munster, à droite, à vingt. La première maison est un bazar où l’on vend des cartes postales et des souvenirs. En face se dresse le Grand-Hôtel, avec son garage, sa pompe à essence, ses parasols et son portier à tête galonnée qu’on appelle le pisteur. Près du bazar, un restaurant où l’on peut à la rigueur obtenir une chambre : « Au Relais d’Alsace », tenu par M. et Mme Keller. » N’espérez pas réserver une chambre au « Relais d’Alsace » pour votre prochain séjour dans les Hautes Vosges. Le nom de l’hôtel et tous les autres détails -y compris l’altitude du col surestimée de près de 100 mètres- sont nés de l’imagination d’un tout jeune auteur. Certes Georges Simenon n’est alors pas encore le créateur du célébrissime commissaire Maigret, mais on peut malgré tout s’étonner que l’écrivain ait choisi un modeste passage entre l’Alsace et les Vosges pour y situer l’intrigue de son histoire d’escroc international. Pas vraiment, car pendant près d’un siècle, entre 1860 et 1940, le col de la Schlucht connaît une histoire riche et mouvementée, au point de devenir l’un des premiers sites touristiques « branchés » du grand est, que tout honnête bourgeois se devait d’avoir visité. Mais ne précipitons rien.

L’Alsacien Thomas Voeckler passa en tête à la Schlucht en 2014 L’altitude modeste du col 1 139 mètres n’en fit pas moins un classique de la grande boucle qui l’emprunta à 10 reprises !

La naissance du tourisme

Dès l’époque romaine, deux voies de communication franchissent les Vosges, l’une au col du Bonhomme, la seconde à Bussang. Entre ces deux routes, il existe bien de modestes sentiers, mais aucun n’emprunte la Schlucht, barrée par d’importants abrupts rocheux. Il faudra attendre 1842 pour que l’industriel et homme politique Frédéric Hartmann prenne l’initiative de construire une route à ses frais. Les travaux s’avèrent très difficiles, surtout pour le premier tronçon reliant l’Altenberg au Collet qui nécessite d’attaquer la montagne à la mine. La famille Hartmann avait de nombreux intérêts à voir ce projet se concrétiser. Encourager les échanges commerciaux, la circulation des hommes et des idées, mais surtout faciliter l’approvisionnement de leur manufacture en bois qui, coupé sur le versant occidental, était jusque là acheminé dans la vallée par des chemins de schlittage. C’est Napoléon III en personne qui viendra à la Schlucht inaugurer la nouvelle route. Celle-ci sera à l’origine de la venue sur la crête vosgienne des premiers touristes. Grâce aux écrits des poètes et des naturalistes, la montagne, qui jusqu’alors était considérée comme une forme inquiétante du paysage, devient à la mode. Et les environs de la Schlucht seront d’autant plus populaires qu’ils concentrent tout ce qui jusqu’à présent effrayait le public: abrupts rocheux, gorges profondes… Cette ferveur touristique sera à l’origine de la création de la voie ferrée électrique de Munster à la Schlucht, un parcours de 10,8 km dont près de 3 km de crémaillère afin de grimper des pentes à 22 %. Une formidable prouesse technique à laquelle le premier conflit mondial viendra brutalement mettre fin. 7 années d’existence seulement mais qui permettront à près d’un demi million de visiteurs d’aller découvrir la Schlucht et qui suffiront à asseoir sa réputation touristique.

Entre 1860 et 1940, la Schlucht est un lieu de villégiature très apprécié. Napoléon III, Guillaume II... Hitler y séjournèrent.

Après une dizaine d’années d’études, les travaux de réaménagement de la Schlucht vont démarrer en 2017. La complexité du dossier, à la limite administrative de deux départements et dans un site en partie protégé, justifiait de tels délais. Le Col de la Schlucht souffrait depuis de longues années de l’absence d’un aménagement qualitatif, d’une architecture disparate et d’une faiblesse de l’offre touristique. La totale restructuration du site pour un montant total de 5,8 millions d’euros dont 1 million à la charge du Département du Haut-Rhin, ambitionne de redonner à cet axe de passage majeur son lustre d’antan.

Pour plus d’informations : laschlucht.labellemontagne.com/