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La route des Crêtes

La route des Crêtes qui relie le col des Bagenelles à Uffholtz n’a pas toujours eu la vocation touristique qui est la sienne depuis très exactement un siècle. Et loin s’en faut !
Pendant le premier conflit mondial plus de 800 civils et de nombreux militaires ont travaillé à la construction de cette route de 88 km de long dont le point le plus élevé est à 1343 mètres au passage du Grand Ballon. 

« Toute la crête de ce chaînon des Vosges est dépouillée comme le front d’un homme consumé par les veilles ou les chagrins ; ces vastes clairières nommées chaumes, englouties sous les neiges pendant une grande partie de l’année, reçoivent au mois de juin quelques familles de fromagers, connues sous le nom de marquarts (marcaires) qui montent des vallées vosgiennes, et redescendent bientôt chassées par les froids précoces de septembre. (…) De belles vaches broutent les fruits spontanés d’une nature vierge, les hautes herbes parsemées de fleurs, de plantes aromatiques qui rendent leur lait onctueux et embaumé ». La description bucolique mais rude des Hautes-Vosges par Edouard de Bazelaire dans son ouvrage « Promenades dans les Vosges » date de 1838, à une époque où le massif était encore très peu fréquenté
par les touristes. Certes, les Hautes-Vosges n’ont jamais constitué une barrière infranchissable pour l’homme, et dès l’époque romaine deux voies de communication, l’une au col du Bonhomme, la seconde à Bussang, les franchissaient. Mais entre ces deux routes, rien d’autre que de modestes sentiers fréquentés par des bûcherons et des montagnards et à partir du milieu du 18e siècle par quelques « hardis explorateurs », botanistes et autres naturalistes partis à la conquête des hauts.
La construction de la route de la Schlucht par l’industriel munstérien Frédéric Hartmann à partir de 1842 sera à l’origine de la venue sur la crête vosgienne des premiers touristes. Trois quarts de siècle plus tard, l’aménagement de la route des Crêtes va être le point de départ d’une ferveur touristique qui jamais ne se démentira.

L’art du défilement

Etonnante destinée que celle de la route des Crêtes. A l’origine axe stratégique aménagé lors de la grande guerre afin d’assurer la communication et le ravitaillement des troupes françaises stationnées dans le massif vosgien, elle a, depuis tout juste un siècle, troqué son caractère belliqueux pour devenir, chaque année, le lieu de rendez-vous de près de 1,5 million de touristes de toutes nationalités. Longue de 88 km, elle relie le col des Bagenelles au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines à Cernay.
Dessinée à flanc de montagne, la route des Crêtes est l’œuvre de l’armée française. C’est le Général Dubail qui, dès le début du premier conflit mondial, planifie l’organisation de la ligne de défense sur la crête vosgienne. L’objectif premier de la route est de relier les quelques 80 sentiers qui grimpaient vers la crête et qui servaient à ravitailler les troupes. Quelques embryons de routes, de chemins plus exactement, existaient avant 1914. Les travaux militaires vont consister à compléter les parcours existants. Pour l’essentiel, cette route stratégique a été réalisée sur le versant ouest de la crête afin que les mouvements de troupes ne soient pas visibles de l’ennemi allemand mais aussi pour se protéger du feu de ses batteries. Cet art d’utiliser les accidents de terrain pour se cacher de l’ennemi porte en terme militaire le nom de défilement. La portion de la route des Crêtes comprise entre le col du Bonhomme et le Markstein en est une parfaite illustration.

Jusqu’à 800 civils étaient mobilisés pour tailler dans le granite cette route longue de 88 km

Cette route qui nous permet aujourd’hui de profiter des plus belles perspectives sur le massif vosgien, la Forêt-Noire et, par jour de beau temps, sur les Alpes bernoises, a été réalisée en son temps dans les pires conditions. Jusqu’à 800 civils y travaillaient aux côtés des militaires du génie vers 1915. Des ouvriers au chômage après la fermeture des usines qui les employaient dans les zones de combats, des réfugiés des localités les plus exposées au feu, des enfants de 14-15 ans. Avec le plus souvent pour seul matériel des pelles, des pioches, des brouettes, des bœufs et des mulets.

Un mur de neige de 10 mètres !
Terrible hiver 1969-1970 ; particulièrement précoce de surcroît. La neige tombe an abondance dès le mois de novembre. Les déneigeurs travaillent sans relâche. Lorsque fin avril, ils pensent enfin avoir vaincu l’hiver, il reneige dans les premiers jours de mai. Cette année, il faudra le concours de 7 engins travaillant 3 semaines d’affilée pour ouvrir la route des Crêtes. Le mur de neige qui se dresse de part et d’autre de la chaussée atteint en certains endroits une hauteur de 10m. Un absolu record.

Les archives publiques concernant  la construction de la route des Crêtes sont rares et laconiques. S’agissant d’une route militaire, tous les éléments relatifs à sa réalisation sont conservés aux archives du Ministère des Armées et leur communication, plus d’un siècle plus tard, est toujours soumise à condition.

 

Le regard porte loin depuis la route des Crêtes, jusqu’à la Forêt-Noire et, par grand beau, jusqu’aux Alpes bernoises. Ces points de vue sont rares toutefois. Et pour cause ! Il fallait que les mouvements de troupes de l’armée française soient invisibles depuis l’Alsace, alors province allemande.

La route des crêtes est fermée en hiver. Au nord, entre le col de la Schlucht et le col du Calvaire et au sud, entre le Grand Ballon et les pistes de ski de La Bresse-Kastelberg.