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L’industrie mobilisée pour l’Alsace

Face à une situation inédite, et malgré les restrictions qui se sont imposées à elle pendant le confinement, l’industrie alsacienne s’est mobilisée comme jamais.
Que ce soit pour lancer en urgence une production locale massive de masques ou pour mettre ses moyens au service de tous les aspects de la lutte contre le Covid-19, les initiatives se sont multipliées.
En partenariat avec les deux Départements et les autres collectivités d’Alsace, et avec la participation active de l’Adira, l’Agence de développement d’Alsace.

 

Le textile en pôle

 

Le Pôle textile d’Alsace a répondu présent pour lancer très rapidement la production de masques pour tous les Alsaciens.

 

Textile Alsace

Le Pôle textile Alsace fédère 50 entreprises représentant 3 500 emplois, sur une terre de très vieille tradition textile aujourd’hui connue pour son esprit innovant dans le secteur. Comme aux plus beaux jours de son histoire, l’industrie textile alsacienne a répondu présent au défi posé par les collectivités du territoire : en 3 semaines, mettre sur les rails une production de 300 000 masques à usage non médical hebdomadaires, lavables, réutilisables et surtout labellisés, officiellement agréés pour leur fiabilité.

Bien loin de leur activité habituelle, des entreprises du pôle ont reconverti leur outil de production en urgence. C’est le cas des sociétés Barral à Rouffach, ETC à Cernay ou encore Emanuel Lang à Hirsingue qui travaillent, qui travaille ordinairement pour l’industrie de l’habillement, ou encore Labonal, à Dambach-la-Ville, spécialisée dans la fabrication de chaussettes.

Masque tricoté avec emplacement pour un filtre chez Labonal, en lin et coton bio chez Emanuel Lang…
Le spécialiste du linge de maison Garnier-Thiebaut de Gérardmer, membre du pôle, s’est aussi engagé.

 

Une chaîne de production globale

Ordinateurs LDE et Bugatti
Les sociétés LDE et Bugatti
de Molsheim ont fourni 200 PC
pour assumer la continuité
pédagogique des collégiens
non équipés en ordinateurs

Au-delà des fabricants, c’est une chaîne de production globale avec des compétences multiples qui a été montée par le Pôle textile. Par exemple, les établissements Lang travaillent avec l’association Marie Pire d’Altkirch qui fait fonctionner des ateliers adaptés, pour l’assemblage des masques fabriqués.

A Strasbourg, l’atelier costumes de l’Opéra du Rhin a proposé son aide pour la couture, et a été homologué.

Pour accélérer l’homologation des masques, une antenne de l’Institut français du textile et de l’habillement, habilitée à tester les masques, a d’ailleurs ouvert ses portes à Mulhouse.

En plus des commandes des collectivités, les entreprises font également de la vente aux particuliers en fonction de leurs stocks disponibles.

La création d’une entreprise spécifique dans le cadre du Pôle textile est prévue pour fabriquer des masques de manière pérenne.

 

 

Une solidarité créative

Face aux manques de toutes sortes, les entreprises ont rivalisé d’imagination.

Les dons de masques aux hôpitaux ont afflué de partout : 100 000 pour les Hôpitaux civils de Colmar par l’équipementier automobile Faurecia, Würth, à Erstein, a offert tout son stock de 10 000 masques aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg…

Don de ponchos
Europa-Park a offert des
ponchos pour servir de
surblouses aux personnels
soignants haut-rhinois

Pour combler la pénurie de gel hydro-alcoolique, Tereos, transformateur de produits agricoles, présent à Marckolsheim, a lancé une chaîne de production pour fournir chaque EHPAD et établissement médico-social du Bas-Rhin, les laboratoires Weleda à Huningue en ont aussi fabriqué, la maison Wolfberger à Colmar a fourni des centaines de litres d’alcool comme matière première, tout comme les Grands chais de France de Petersbach… De nombreuses distilleries ont fait de même.

Gel pour lequel il a fallu ensuite trouver des contenants. Ce seront des bouteilles données par les sources Carola de Ribeauvillé, Celtic de Niederbronn-les-Bains, des flacons normalement prévus pour la moutarde par la société Alélor de Mietesheim…

A noter encore : les 25 000 ponchos offerts aux soignants haut-rhinois en guise de surblouses par Europa-Park.

Même les chocolatiers alsaciens (Abtey, Jacques Bockel, Stoffel) ont apporté leur contribution en offrant des chocolats pour Pâques aux équipes soignantes.

 

L’Adira en faciliteur

L’Agence de développement d’Alsace a été intégrée dès le départ à la Task Force Covid-19 mise en place en Alsace pour aider les entreprises.

L’Adira a présenté d’emblée sur son site Internet une synthèse complète et actualisée quotidiennement des différentes mesures nationales et locales accessibles aux entreprises pour les aider à gérer la crise et redémarrer leur activité.

Elle a aussi poursuivi ses missions phares : le suivi des entreprises en difficulté et la mise en connexion des différents acteurs publics et privés de l’économie. L’Adira a ainsi pu mettre en réseau des acteurs de l’économie alsacienne désireux de s’investir dans la lutte contre le coronavirus.

 

Les talents d'une filière révélés par la crise

A l’annonce du confinement, l’entreprise textile Emanuel Lang, à Hirsingue, a commencé, dans l’expectative, par stopper ses machines avant de les relancer en toute urgence pour répondre au manque cruel de masques.

 

Usine Emmanuel Lang

« Nous filons, tissons et, pour une petite partie, confectionnons en Alsace », explique Pierre Schmitt, Président directeur général du groupe Velcorex – Matières Françaises qui intègre l’entreprise Emanuel Lang.

« Avant la pandémie, nous étions précisément dans une réflexion visant à relocaliser la part ‘’confection’’ sur notre territoire ». Le confinement a bouleversé les plans, empêchant une réunion de travail avec l’association Marie Pire, pressentie pour participer à l’aventure.

« Mais face au manque de masques, après quelques jours de perplexité, nous nous sommes remis en ordre de marche et l’association a répondu présent ! » En un temps record, l'ESAT d’Altkirch (Établissement et service d’aide par le travail), a embauché 80 personnes et déniché les machines à coudre nécessaires pour assurer la finition des masques produits en urgence sur la moitié des machines de l’entreprise. 100 000 par semaine ! Un véritable détonateur dans la réflexion de Pierre Schmitt et Christian Didier, patrons d’Emanuel Lang.

« Les compétences étaient là, chez nous, en Alsace ! »

 

La proximité, gage de réactivité et d'inventivité

Entreprise Esat
Entreprise/Esat, une
collaboration née dans
l'urgence pour répondre
notamment à la demande
du Département.

 

Le groupe développe de nouveaux tissus à base de matières premières innovantes, toujours naturelles, le lin dans un 1er temps, puis le chanvre et l’ortie, par exemple. Il collabore avec l’entreprise Schlumberger de Guebwiller, fleuron industriel de la machine textile qui développe des machines spécifiques pour chacun de ses nouveaux besoins. « C’est très rare d’avoir ainsi sur place tous les éléments d’une filière, y compris l’Université de Haute-Alsace, à Mulhouse, précieuse alliée en phase ‘’recherche’’. Cette proximité ne peut que tirer le produit vers le haut. Elle nous permet d'être réactif et inventifs.

Quant à la phase confection, la crise nous aura démontré la faisabilité de sa relocalisation.» Gageons qu’elle aura aussi ouvert les yeux des consommateurs sur une filière alsacienne que l’on pensait, à tort, révolue. Consommer local ne se joue pas que dans l’assiette !

 

 

 

Alimentation

Dominique Schelcher

« Il fallait que la chaîne alimentaire tienne »

Questions au Haut-Rhinois Dominique Schelcher Président Directeur Général de Système U

Vous sortez d’une terrible période de tension.

Oui, il nous a fallu faire face à une crise inégalée. Tenir à bout de bras, je n’ai pas peur des mots, un véritable service public de l’alimentation.

Avec des contraintes énormes : des mesures de protection à mettre en place pour nos clients et nos employés, un personnel réduit pour cause de maladie, de difficulté pour la garde des enfants…

 

Avec la fermeture des marchés, des restaurants, des cantines…, les supermarchés ont été pointés du doigt, jusqu’à être accusés par certains de profiter de leur situation de quasimonopole.

En toute modestie, Système U a été le premier à jouer le jeu de la solidarité avec les producteurs locaux en difficulté. S’approvisionner localement est d’ailleurs inscrit dans l’ADN de notre enseigne. Nous sommes une coopérative de commerçants indépendants.

Chacun d’entre nous est très soucieux et attaché au bon fonctionnement de son écosystème local. Nous avons même lancé un appel public aux producteurs en difficulté dans la presse quotidienne régionale.

Tout comme nous avons pris la décision de payer comptant toutes les PME-TPE livrant nos entrepôts, ce qui a permis de maintenir la tête hors de l’eau à de nombreuses entreprises.

Au niveau de Système U que je préside, j’ai été en contact quotidien avec le Ministre de l’économie, de l’agriculture, du travail. Les tensions étaient énormes sur la chaîne alimentaire et il était essentiel qu’aucun maillon ne rompe.

Avec les pouvoirs publics, nous avons identifié les filières en très grande difficulté qui nécessitaient une aide prioritaire. Système U a ainsi commercialisé des tonnages considérables d’agneau français, de fraises, d’asperges…

Cette crise est venue renforcer davantage encore notre volonté de nous investir de manière globale, cohérente et durable dans nos territoires.

 

Henri Gagneux

« Les gens ont retrouvé le goût de la cuisine »

Henri Gagneux,maître restaurateur, membre de l’alliance Slow Food, « La Palette » à Wettolsheim

 

« Dieu sait que j’ai souffert de la crise en tant que restaurateur. Et pourtant j’y vois du positif. Elle nous a obligé à ralentir, à voir l’essentiel. Les gens ont retrouvé le goût de la cuisine.

Pendant des semaines, la levure fraîche était en rupture dans les supermarchés. Les tutos pour faire son pain ont fleuri sur le net.

Que les gens aient à nouveau compris l’importance de l’alimentation, qu’ils aient réappris à apprécier les produits locaux et goûteux est une bonne nouvelle pour la gastronomie et tous les chefs qui travaillent avec des produits de qualité et de saison. »