Back to top

Interview : Naturellement Alsacien et profondément Haut-Rhinois

portraitremywith

Naturellement Alsacien et profondément Haut-Rhinois

Premier Vice-président du Conseil départemental depuis 2001, Rémy With, après avoir assuré l’intérim suite à la démission de Brigitte Klinkert nommée Ministre déléguée à l’insertion, vient d’être élu à la tête de l’Assemblée départementale. 4 mois de présidence seulement jusqu’à la création de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) le 1er janvier 2021, mais qui promettent d’être intenses et exigeants.

Votre présidence sera inévitablement marquée par la gestion des conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire que nous venons vivons.

J’en suis pleinement conscient. Nombre d’analystes nous annoncent un sombre automne social et économique alors qu’une deuxième vague n’est pas à exclure. Un second confinement aurait des conséquences dramatiques sur un tissu économique considérablement affaibli. Chef de file de l’action sociale, notre collectivité s’apprête à devoir faire face à la multiplication des situations de précarité et d’exclusion. Le nombre d’allocataires du RSA, revenu de solidarité entièrement financé par le Département, risque d’exploser. La situation de la jeunesse nous inquiète tout particulièrement. Relativement épargnés par l’épidémie, les jeunes risquent d’être les premières victimes de la crise économique. Nous ferons tout pour qu’ils ne soient pas la génération sacrifiée de cette crise sanitaire.

Rémy With, vous avez un très riche passé d’élu de terrain. Mais qui êtes-vous ? La quête de la lumière ne semble jamais avoir été votre souci premier !

C’est vrai. Je n’ai toujours eu qu’une seule ambition, celle d’être au service de mon territoire. Je suis naturellement Alsacien, profondément Haut-Rhinois, mais viscéralement Sundgauvien. Je me suis engagé très tôt en politique, mais totalement par hasard. C’était en 1971, et nous tapions le carton avec quelques amis dans le bistrot de mon village d’Altenach. L’idée nous prit de constituer une liste pour tenter de faire entrer quelques jeunes, l’une ou l’autre femme surtout, au conseil municipal. Nous avons été les premiers surpris de notre victoire. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé maire à 21 ans et 3 mois, le plus jeune de France à l’époque. En 1979, j’ai été élu au Département, réélu sans discontinuer depuis.
J’ai quitté volontairement la mairie au bout de 5 mandats, au moment où je devenais premier Vice-président de l’Assemblée départementale, convaincu que le cumul des mandats était incompatible avec un vrai travail de terrain à l’écoute des attentes et des espérances des gens.

La présidence du Conseil départemental, collectivité de proximité par excellence, est une belle consécration pour un élu de terrain !

Très honnêtement, cela n’a jamais été mon ambition. Nombre de mes collègues me voyaient en successeur naturel de Constant Goerg (Président du Conseil Général de 1998 à 2004, ndlr). J’y ai renoncé car c’est une fonction à temps plein qui était totalement incompatible avec mon activité professionnelle de greffier de justice au livre foncier d’Altkirch.

Vous serez à la tête du Département jusqu’au 1er janvier 2021, date de la création de la CeA. 4 mois, c’est très court ! Quelles seront vos priorités et vos ambitions pendant cette présidence ?

Si j’ai accepté cette présidence, c’est parce que les 4 mois à venir vont être décisifs pour l’avenir de notre territoire. Le 1er janvier 2021, la Collectivité européenne d’Alsace va voir le jour ; et tout son projet politique reste à écrire et à mettre en œuvre. Il fallait un élu d’expérience pour relever le challenge. Le centralisme est tellement ancré dans notre paysage que chaque collectivité a la tentation d’en reproduire les travers. La CeA ne devra pas se construire dans la verticalité. Il faut certes toujours tendre vers le haut mais veiller en permanence à garder les pieds sur terre, dans la réalité de la vie de nos territoires et de ses habitants. Du Sundgau à l’Outre-Forêt, des bords du Rhin aux ultimes hauteurs de nos vallées vosgiennes, c’est la diversité qui, à chaque pas, est au rendez-vous. C’est un formidable atout pour notre collectivité et je veillerai qu’au sein de la CeA chaque territoire bénéficie des mêmes chances. Je sais pour cela pouvoir compter sur Madame la Ministre Brigitte Klinkert qui restera au sein de l’exécutif départemental, le fer de lance de la CeA. Ensemble nous veillerons également à ce que la CeA ne devienne pas une région bis, mais un département +, une collectivité ouverte sur nos voisins suisses et allemands. Puisque le législateur nous en donne les moyens, imaginons et construisons un avenir qui dépasse les frontières. Là est le futur et la prospérité de l’Alsace, c’est ma conviction !

Homme de terrain, pragmatique et soucieux de proximité, vous êtes également un ardent défenseur de la ruralité.

La ruralité est toute mon histoire, et j’y suis terriblement attachée. Avec le confinement, nombre d’urbains ont réappris à goûter au bonheur de la vie à la campagne, ont redécouvert les vertus des circuits courts et des bons produits cultivés localement. Toutes choses qui nous ont quittées progressivement, sans que nous y prêtions attention, et qu’il nous faut réapprendre aujourd’hui. J’ai même pu lire ici ou là que cette crise sanitaire avait permis au monde rural de prendre sa revanche ! Quelle tristesse d’envisager la cohabitation de la ville et de la campagne en termes d’oppositions. Nous avons tellement de choses à apprendre les uns des autres, de richesses mutuelles à partager. Je rêve d’une CeA fière et complémentaire de la diversité de ses territoires !

Une dernière question un peu plus personnelle. Qu’est-ce qui vous émeut dans la vie ?

Spontanément, sans prendre le temps de réfléchir, je dirais un gamin qui apprend à faire de la bicyclette ! Le chant d’un oiseau aussi qui, lorsque je suis assis sur ma terrasse au bord de la Largue, vient capter mon attention et évacue instantanément les soucis du quotidien. J'ai également une grande passion pour la gastronomie et le vin en particulier. En parlant de l'Italie, Leonard de Vinci disait : « Chez nous, les hommes devraient naître plus heureux et plus joyeux qu'ailleurs, car je crois que le bonheur vient aux hommes qui naissent là où l'on trouve le bon vin ». Ceci me semble aussi vrai pour l'Alsace.