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Haut-Rhin 1939-1945, terre de résistance

Haut-Rhin 1939-1945, terre de résistance


La ferme des Ebourbettes à Oberlarg par où le général Giraud gagna la Suisse avant de rejoindre Alger  

« Parce qu’ils ont le plus souffert, parce qu’ils ont été pour la France à la pointe du combat, les Alsaciens et les Lorrains n’ont jamais été plus près du cœur de la nation. »

Charles de Gaulle, Strasbourg, le 9 décembre 1944

L’attitude des Alsaciens au cours de la seconde guerre mondiale a donné lieu à des légendes contradictoires, aussi fausses et caricaturales les unes que les autres. Les Alsaciens n’ont été ni majoritairement héroïques face à l’occupant, ni entièrement soumis et complices. En réalité, la résistance n’aura concerné, tout comme la collaboration, qu’une minorité de la population.

La situation de notre région est particulière, il est vrai. L’annexion de l’Alsace et de la Moselle au Reich implique de fait une double surveillance de notre territoire par l’appareil d’Etat et le parti. Tout acte de résistance était immédiatement considéré comme acte de trahison et donc puni comme tel. Malgré ces risques, nombre de Haut-Rhinois continuent à manifester leur attachement à la France, parlent français dans la rue, dans les magasins, écoutent radio Londres… Des groupes de résistance se mettent en place. Ils font de la propagande antinazie, du sabotage, collectent des armes, des informations. Mais surtout, ils organisent des filières d’évasion.

Dans un premier temps, il s’agit de faire traverser la frontière aux nombreux prisonniers de guerre français évadés des stalags allemands, puis à partir de 1941, et surtout après le décret d’août 1942, de faire passer les réfractaires au service du travail obligatoire ou à l’incorporation de force. En «vieille France», nombre d’Alsaciens participent au combat clandestin, à Lyon, Périgueux et Clermont Ferrand notamment. D’autres sont à l’origine de la brigade Alsace-Lorraine créée par le colonel Berger (André Malraux). A partir de l’été 1944, après le débarquement de Normandie, des maquis se forment à Sainte-Croix-aux-Mines et à Thann entre autres.

Le décret du 25 août 1942, instaurant l’incorporation de force, va multiplier les actes de résistance en Alsace. Le 17 février 1943, 17 jeunes réfractaires de Ballersdorf qui, quelques jours plus tôt, voulaient s’éclipser en Suisse, sont exécutés.

La grande évasion

Königstein-an-der-Elbe, à 200 km au sud de Berlin. Une forteresse choisie pour accueillir les prisonniers alliés de haut rang et dont nul ne devait pouvoir s’échapper. La plupart des prisonniers se résigne à leur sort. Le général Henri Giraud, lui n’a qu’une seule idée en tête : s’échapper afin de pouvoir reprendre la lutte. Le 17 avril 1942, celui qui prendra à partir de ce jour le nom de Henri Greiner, lance une corde de près de 40m dans le vide. Moustache rasée, portant lunettes, l’homme ne ressemble en rien à la photo de l’avis de recherche qui sera lancé dès son évasion connue. Après un périple de 800 km en train, Giraud, alias Greiner, arrive en Alsace accompagné de son guide lorrain, Roger Guerlach.

A Mulhouse, le général est pris en charge par René Ortlieb, hôtelier à Thann et membre du réseau de résistance « Martial » qui a vu le jour dans cette ville dès 1941. De là, il est emmené à Liebsdorf, plus précisément au presbytère de cette petite commune du Jura alsacien toute proche de la frontière suisse où il est accueilli par une autre grande figure de la résistance alsacienne, le père Joseph Stamm.

Curé du village depuis 1935, le père Stamm, tout comme Ortlieb, est issu d’une famille thannoise qui a donné à l’église 4 de ses enfants. Le 22 avril 1942, après avoir franchi le gué de la Largue, le général Giraud et son guide s’enfoncent dans les bois de l’Oberer Berg pour rejoindre la ferme des Ebourbettes, exploitée par les familles Latscha et Richard. Plusieurs membres de la famille, une fois leur implication dans l’évasion connue et n’ayant pas réussi à trouver refuge en Suisse, sont rapidement arrêtés par la Gestapo.

Comment le général Giraud réussit-il à franchir la frontière? Les hypothèses divergent, alors retenons la plus palpitante. Pendant que la propriétaire des lieux s’entretenait avec le soldat chargé de la surveillance de la frontière, lui promettant œufs et fromages pour améliorer son ordinaire, le futur responsable du comité français de libération nationale, accompagné de Camille Latscha, s’éclipsa dans les profondes hêtraies suisses pour quelque temps plus tard rejoindre Alger.

Porté depuis 2012 par l’Association pour les Etudes sur la Résistance Intérieure des Alsaciens (AERIA), le DVD Rom « La résistance des Alsaciens » vient, de trouver son aboutissement. Né de la collaboration d’anciens résistants et historiens, ce document unique réunit un ensemble d’archives dont l’ambition est de témoigner pour les générations futures de l’histoire de la résistance locale au cours du second conflit mondial. Il a été financé par la Région Alsace et les Départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.

Fondation pour la résistance : Département AERI - 16-18 place Dupleix - 75015 PARIS - 01 45 66 62 72 - Prix de vente : 20 euros www.aeri-resistance.com

 


Plaque commémorant la mort du Père Stamm. Liebsdorf, le 17 Aug. 2016.


La Gestapo mettra près d’un an et demi pour découvrir la
filière d’évasion qui est venue en aide au Général Giraud. Le
21 septembre 1943, le père Stamm et René Ortlieb sont
arrêtés, torturés et emprisonnés à la prison de Wolfach, une
petite ville au nord de la Forêt-Noire. Ils sont lâchement
exécutés le 17 avril 1945 à quelques jours de la capitulation.

Pour plus d’informations :

« Général Henri Giraud, mes évasions »

Editions Hachette Vétérinaire Colonel (HR) Michel Buecher, 68480 Ferrette