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faut-il maintenir les cours de religion à l’école ?

Marie-Claire Gaudelet et Jean-Marie Kœlblen

Les jeunes Alsaciens peuvent suivre un cours de religion à l’école sur le temps scolaire. L’on doit ce particularisme régional au droit local en vigueur en Alsace ainsi qu’en Moselle. Dans une société laïque est-ce un archaïsme à supprimer de toute urgence ou bien un modèle vertueux qui devrait servir d’exemple ?

POUR : Marie-Claire Gaudelet

Elle est pasteure de l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine auprès des paroisses de Thann et Fellering. Elle intervient au Collège de Saint-Amarin.

J’ai découvert l’enseignement religieux à l’école, en arrivant en Alsace. J’ai grandi dans la « France de l’intérieur » où la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 déclare la neutralité de l’Etat en matière religieuse. A ce titre, aucun cours de religion n’est dispensé dans les établissements scolaires publics. Cette « a-confessionalité » de l’Etat ne signifie cependant pas que les religions n’ont plus leur place dans l’échange d’idées et les débats qui animent notre société. Le particularisme alsacien mosellan, lié au Concordat, est une chance pour les élèves d’agrandir leur culture et de mieux connaître l’héritage d’une société façonnée par le christianisme même si elle s’en distancie parfois. Ces cours ne doivent pas être confondus avec le catéchisme qui relève d’une toute autre démarche. C’est pourquoi, nous devrions parler d’éveil culturel religieux plutôt que de « cours de religion ». Or, depuis quand la culture n’a-t-elle plus sa place à l’école ? La vie de nos jeunes est remplie de références religieuses et bibliques que ce soit au cinéma, dans la littérature, dans la presse, dans les comédies musicales et même dans la publicité. Les cours de religion permettent d’aborder avec un regard critique ces multiples représentations et interprétations du christianisme et de son réservoir biblique. Les fêtes de notre calendrier sont aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir des traditions qui font partie de notre patrimoine historique et culturel mais dont le sens est parfois oublié. La vocation de ce cours est d’approfondir la culture des élèves en leur donnant des repères essentiels sur le christianisme et sur les autres religions. Plusieurs enseignants de religion ont à cœur d’apporter des connaissances sur le Judaïsme, l’Islam et l’Orthodoxie sans oublier le Bouddhisme. Au lycée Alfred Kastler de Guebwiller, par exemple, le « Projet Tolérance » permet aux lycéens d’aller rencontrer les différents représentants religieux sur leur lieu de culte  avec des questions préparées en amont de chaque rencontre. Une façon concrète et ludique de découvrir et mieux comprendre les spécificités de chaque religion avec un regard extérieur. Plutôt que de songer à supprimer ces cours, il faudrait les repenser pour que cette tendance à l’interreligieux devienne une généralité.

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CONTRE : Jean-Marie Koelblen

Il est professeur des écoles. Il est également le secrétaire départemental de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), 1ère organisation syndicale dans l’enseignement.

En 2015, l’Observatoire de la Laïcité a édité un rapport dans lequel il préconise clairement la sortie de l’heure de religion de l’enseignement. Le syndicat que je représente demande l’application de cette préconisation. D’abord, pour une question d’équité. Cette heure de religion prive  tout simplement les petits Alsaciens et Mosellans d’une heure d’enseignement général, soit 36h d’enseignement par an. 180 heures sur leurs cinq années de primaire ! Cela devrait être une raison suffisante.  Mais s’il en fallait une autre,  nous avançons que l’Etat français est un état laïc où l’enseignement religieux se doit de rester dans la sphère privée, comme tout signe religieux, d’ailleurs, quel qu’il soit. Le prosélytisme religieux n’a pas sa place dans une école laïque. Quant à l’intégration que prônent les défenseurs de cette heure de religion, on ne peut pas dire qu’elle fonctionne mieux en Alsace qu’ailleurs en France. L’école fait beaucoup, elle a les épaules larges et les familles lui demandent de plus en plus y compris des choses qui ne relèvent que d’elles : la politesse, l’empathie… la religion ! Les parents ne prennent plus le temps et la société se dédouane sur les institutions.
Sans compter que, pour l’enseignant, cette heure où la classe se retrouve éclatée est parfois difficile à gérer. Dans certaines écoles se pose même un problème de locaux. Un cours d’éducation morale et civique est donné aux élèves qui ne fréquentent pas le cours de religion. A côté de cela, les programmes sont chargés et nous avons de plus en plus de mal à les boucler en 24h, la durée de classe hebdomadaire. Dans le secondaire, le nombre d’élèves en cours de religion est en chute libre. Cette heure, qui existe malgré tout, complique les emplois du temps des collègues et les conditions de travail des intervenants de religion qui interviennent parfois sur quatre établissements. Il aurait fallu profiter de la réforme des rythmes scolaires dans le premier degré pour déplacer cette heure de religion sur le temps des activités péri-éducatives. C’est le cadre vraiment adapté pour conserver à la fois cette culture locale et les personnels chargés de sa transmission.

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L’avis du conseil départemental

Daniel ADRIAN, conseiller départemental du canton de Brunstatt
Daniel Adrian, conseiller départemental du canton
de Brunstatt, président de la Commission actions,
relations internationales et promotion du bilinguisme

Le « cours de religion » d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a quelques décennies. Il est  donné par des intervenants professionnels formés et proposés par les cultes mais qui  suivent un programme validé par le rectorat. Il s’agit davantage de la découverte d’un certain nombre de règles de vie et d’éthique dans une société où les enfants sont parfois confrontés à un grand vide moral. C’est un rappel de nos traditions et de notre culture judéo-chrétienne : pour savoir où ils veulent aller, nos enfants doivent au préalable savoir d’où ils viennent.
Par ailleurs, ce cours est une particularité de notre droit local que nous devons défendre coûte que coûte. Privé de ce cours aujourd’hui et d’autre chose demain, il finirait par n’avoir bientôt plus aucune substance et plus rien n’empêcherait alors sa disparition. En tant qu’élu local, je me sens responsable de notre identité et par conséquent dans l’obligation de défendre les intérêts spécifiques de mon territoire.
Ce cours est bel et bien ancré dans notre histoire et donc dans notre enseignement. Une dispense peut être demandée par les familles mais dans les faits, il revêt aujourd’hui un caractère facultatif. Je n’ai jamais eu de retour négatif à son sujet. Il peut surprendre les personnes venant d’autres régions ou d’autres pays. Mais c’est ainsi qu’est notre région. Elle est ouverte au partage, mais y être accueilli implique
d’accepter les spécificités en place.