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Faut-il installer des éoliennes ?

La nécessité d’engager notre société dans la transition énergétique fait largement consensus. Les moyens pour y parvenir beaucoup moins. Et la question de la place que l’énergie éolienne peut jouer dans le remplacement progressif des énergies fossiles et nucléaire vient brouiller davantage encore les cartes.

Pour

Roger Bleu

Défenseur du projet avorté du parc éolien au Col du Bonhomme. Ancien maire du Bonhomme, Roger Bleu a également présidé la Communauté de Communes de la vallée de Kaysersberg

Je suis un défenseur de l’énergie éolienne parce que c’est une énergie propre, renouvelable, disponible à profusion. La consommation énergétique mondiale a doublé entre 1970 et 2000 et on s’attend à ce qu’elle double à nouveau d’ici 2050. D’ailleurs de quel droit pourrions-nous interdire à des pays émergents de vouloir rattraper leur retard. Or l’approvisionnement énergétique de la planète repose très majoritairement sur les énergies fossiles (pétrole, gaz…) dont on sait qu’elles seront largement épuisées d’ici la fin du siècle, y compris l’uranium nécessaire à l’approvisionnement de nos centrales nucléaires. L’énergie éolienne ne permettra pas à elle seule de gagner la bataille de la transition énergétique. Il nous faudra pour cela développer le solaire, l’hydraulique et toutes les autres sources d’énergies renouvelables ainsi que d’inciter nos concitoyens à être moins énergivores. Mais comment vouloir raisonnablement sortir du nucléaire sans oser faire le premier pas. Je peux parfaitement entendre les arguments des opposants aux éoliennes mais je ne peux pas accepter des raisonnements fallacieux et erronés. L’éolien en Alsace, contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, est rentable. Il l’est malgré un prix de rachat par EDF relativement faible. Et il le sera davantage encore demain avec l’inévitable renchérissement du prix de l’énergie électrique qui est aujourd’hui l’un des plus bas d’Europe. D’ailleurs si tel n’était pas le cas, les fonds de pension investiraient-ils si massivement dans l’éolien ? Je comprends que les éoliennes puissent faire peur. J’ai moi-même eu l’occasion de visiter en Allemagne du nord des champs d’éoliennes dont la démesure était effrayante. Mais l’Alsace ne se prête absolument pas à des parcs d’une telle ampleur. Notre région, si l’on sait que nombre de sites potentiellement intéressants sont d’ores et déjà exclus du fait qu’ils se trouvent dans des zones naturelles protégées ou dans l’axe d’un couloir aérien, offre tout au plus une trentaine de possibilités d’implantations. Trente sites pour des parcs de petite dimension, 5 - 6 éoliennes tout au plus. Sur cette trentaine, une quinzaine pourrait aboutir. Ce serait à la fois peu et beaucoup, car il devient vraiment urgent que nous fassions notre part !

Contre

Dominique Humbert

Président de l’association SOS Massif des Vosges. Ancien adjoint au maire chargé des finances d’une ville moyenne de la région parisienne, Dominique Humbert, par amour pour la forêt vosgienne, est revenu vivre au pays de son enfance : La Bresse.

Trop d’idées fausses, voire franchement mensongères circulent au sujet de l’éolien. Ainsi les promoteurs de cette énergie mettent systématiquement en avant la puissance nominale de leurs installations. Chiffres flatteurs certes mais qui bien souvent sont cinq à six fois inférieurs à la puissance réelle constatée, ce qui est effectivement le cas en Alsace- Lorraine. Pour l’ensemble du territoire français (et c’est le gestionnaire du réseau de transport RTE lui-même qui fournit ces chiffres) la puissance moyenne produite au cours de l’hiver 2012 était de 2 286 MW, soit 32% de la puissance installée. Et ce chiffre est tombé à 1220 MW, soit à peine 17.2% au cours de l’été. Cette très forte disparité saisonnière implique que soient couplés à l’éolien des systèmes capables de prendre le relais afin d’éviter toute rupture de charge ; autrement dit des centrales thermiques au gaz ou au charbon. Une réalité qui explique qu’un des plus gros producteurs d’énergie éolienne (le Danemark) soit également le plus gros producteur de CO2 par habitant ! Il est regrettable par ailleurs que le développement des énergies renouvelables soit conçu dans une simple logique de remplacement des énergies fossiles, sans remise en cause de nos modes de vie énergivores et destructeurs des ressources naturelles. Il est urgent de réfléchir à un modèle de réelle sobriété énergétique. Très rapidement quelques-unes des nombreuses raisons qui motivent mon opposition à cette énergie. Les conséquences environnementales (sur l’avifaune entre autres) et paysagères sont considérables. La construction du socle d’une éolienne (dont le démantèlement est impossible)consomme des milliers de tonnes de béton armé. Et des centaines de kg de terres rares sont nécessaires pour la fabrication d’une seule éolienne dont la durée de vie atteint tout juste 20 ans ! L’éolien a par ailleurs cette incroyable capacité à menacer la paix sociale. L’arrivée d’un projet dans un village crée des oppositions irréductibles entre personnes qui jusque là vivaient paisiblement ensemble. Enfin, le lobby de l’éolien est si puissant qu’il favorise (et les cas sont nombreux à travers toute l’Europe) la corruption des élus locaux.  

L’avis du conseil départemental

Michel Habig

Conseiller départemental du canton d’Ensisheim. 3ème Vice-Président du conseil départemental, Président de la commission agriculture, environnement et cadre de vie

Les énergies renouvelables constituent le pilier du développement énergétique durable. Non seulement elles n’émettent pas de gaz à effet de serre, contribuent à diminuer notre empreinte carbone mais ont un « contenu emploi » infiniment plus fort que les autres énergies. Notre collectivité a fait le choix de ne négliger aucun gisement potentiel (solaire, éolien, biomasse, méthanisation, géothermie…). Avec une bonne intégration environnementale, paysagère et sociale, ces projets constituent des atouts au service du développement durable de nos territoires. Le Haut-Rhin ne compte à ce jour aucune éolienne installée. Le potentiel éolien de notre département, même s’il est moins favorable que celui d’autres régions françaises, n’est toutefois pas négligeable et est estimé entre 45 et 60 unités de 2 à 3 mégawatts chacune. Si le Département dit oui aux énergies renouvelables, ce n’est toutefois pas à n’importe quel prix. L’énergie éolienne, bien qu’estampillée verte et durable, ne présente pas que des avantages. Dès lors qu’elles se trouvent sur des axes migratoires pour l’avifaune, les éoliennes peuvent avoir des conséquences extrêmement néfastes sur la biodiversité. Privilégier cette énergie coûte que coûte reviendrait à donner la priorité à l’intérêt particulier au mépris de l’intérêt général. Aucun gisement potentiel d’énergie verte ne sera négligé. Mais chaque projet bénéficiera au préalable d’une expertise complète afin d’en évaluer la parfaite cohérence.    

Plus d’informations sur : http://www.developpement-durable.gouv.fr/