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Faut-il fermer Fessenheim ?

La fermeture de la plus ancienne des centrales nucléaires françaises était une promesse de campagne du candidat François Hollande. Prévu en 2016, l’arrêt des 2 réacteurs a été remis en question. L’échéance butoir serait aujourd’hui 2018, avec l’engagement dès 2016 d’un processus irréversible.

Pour

Jean-Paul Lacote

Président de la section haut-rhinoise d’Alsace Nature et membre de la commission locale d’information et de surveillance du CNPE de Fessenheim.

Le 13 mai 1965, à 2h12 et 8 secondes, la terre tremble en Haute-Alsace. L’épicentre de ce séisme d’intensité 3 est situé à… Fessenheim. Dix ans plus tard, et alors que tous les spécialistes s’accordent à dire que le fossé rhénan est l’une des régions européennes les plus actives du point de vue sismique, démarre la construction de la centrale nucléaire. Toute technique n’est pas négative en soi, à condition de la maîtriser ainsi que les éléments extérieurs qui peuvent venir en perturber gravement le fonctionnement, ce qui n’est absolument pas le cas.

Plus fondamentalement, je suis pour la fermeture de Fessenheim et la sortie du nucléaire parce que cette technique est d’essence mortifère. Ce sont les militaires qui à l’origine ont voulu maîtriser le feu nucléaire pour en faire une arme de destruction massive.  Freud a expliqué bien mieux que je ne saurais le faire cette volonté d’autodestruction qui habite l’humain. Je ne peux pas accepter non plus l’argument qui dit qu’un accident n’arrivera jamais. En quelques décennies, il y a eu Tchernobyl et Fukushima. Et toutes les améliorations que nous pourrons apporter à nos centrales nucléaires ne seront toujours que marginales. Outre le fait que « rajeunir » une centrale à un coût exorbitant, il faut pleinement être conscient que nous ne pourrons jamais intervenir sur les parties les plus sensibles, comme la cuve par exemple, fortement impactée par le bombardement des particules. Nous nous vantons d’avoir consolidé le radier de la centrale pour en porter l’épaisseur à 1,50 m. Mais celui de Fukushima était d’une épaisseur comprise entre 6 et 8 m et il a été percé ! Avec l’énergie nucléaire, nous sommes tous montés dans un avion, avons décollé et une fois en l’air nous nous sommes rendus compte qu’on avait oublié le train d’atterrissage. Nous léguons aux générations futures des déchets dangereux pour des dizaines de milliers d’années et dont la gestion sera extrêmement coûteuse. Alors qu’en 2050, nous pourrons nous passer des énergies carbonées et nucléaires. Ce n’est pas une quelconque association écolo qui l’affirme, mais l’ADEME !

CLIS : Commission Locale d’Information et de Surveillance - CNPE : Centre Nucléaire de Production d’Electricité - ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie


contre

Jean-Paul Zimmerer

Cadre à la centrale de Fessenheim et très fraîchement retraité d’EDF, il a été pendant de longues années le représentant du collège des salariés du CNPE de Fessenheim à la CLIS, fonction qu’il va quitter ce printemps.

La centrale de Fessenheim est sûre. J’y ai travaillé de longues années et je peux en témoigner. On reproche souvent à l’industrie nucléaire le culte du secret, de cacher la vérité à la population. J’affirme haut et fort que je n’ai jamais assisté à de tels faits en plus de 30 ans de carrière dans le nucléaire. Bien au contraire, à Fessenheim, le moindre petit écart de fonctionnement a toujours été signalé aux autorités. A l’évidence, cette réalité s’explique par la très grande proportion d’employés et de techniciens alsaciens au sein de la centrale. Une main-d’œuvre réputée pour son sérieux, dont la famille est installée à proximité de la centrale et qui n’a donc aucun intérêt à transiger avec la sécurité. D’ailleurs, il faut savoir que 33 % du budget du CNPE est consacré à la sécurité. C’est un très grand niveau de compétence qui est demandé au personnel, y compris notre personnel administratif qui a obligation de suivre plusieurs semaines de formation sur le fonctionnement de base d’une centrale nucléaire. C’est cette exigence qui nous permet d’afficher zéro accident de radio protection pour notre personnel, y compris pour les prestataires extérieurs, ceux qu’un célèbre journaliste d’investigation d’outre-Rhin a appelé « la viande à rem », qui effectuent les tâches de maintenance des centrales et qui supportent l’essentiel de la dose collective annuelle d’irradiation reçue dans le parc nucléaire français. L’accident de Fukushima a remis au premier plan la question de la sûreté nucléaire, nous incitant à une permanente remise en question, nous encourageant à envisager l’inenvisageable. Mais Fukushima, il faut le rappeler, était géré par une entreprise privée, TEPCO. Or, c’est ma conviction, seul un Etat (l’Etat français est l’actionnaire majoritaire d’EDF) peut assurer la sécurité optimale de son parc nucléaire. Rappelons enfin, et même si la sécurité doit primer sur toute autre considération, que Fessenheim, ce sont 2 000 emplois et la production de 1 800 mégawatts qui viendraient à manquer sur le réseau français.


l’avis du conseil départemental

Michel Habig

3e Vice-Président du conseil départemental

Président de la Commission Locale d’Information et de Surveillance du CNPE de Fessenheim.

La fermeture de Fessenheim ne devrait en aucun cas se faire sur simple décision politique mais au contraire devrait reposer sur une expertise technique rigoureuse et indépendante. S’il s’avère que la centrale n’offre pas toutes les garanties de sécurité, il faut la fermer, c’est une évidence, dans la mesure du possible en programmant son arrêt sur une période de quelques années afin de permettre au territoire de s’organiser et de faire face aux nombreuses pertes d’emploi qui en résulteront. Par contre, si techniquement rien ne s’oppose à la poursuite de son activité, pourquoi se passer d’une énergie qui ferait cruellement défaut à notre région ? La centrale de Fessenheim n’a jamais été aussi sûre qu’aujourd’hui. La CLIS que je préside y veille. C’est un maillon essentiel du bon fonctionnement de la démocratie, du droit à l’information de chacun et de la sécurité de tous. Au-delà de ses missions générales de suivi, d’information et de concertation en matière de sûreté nucléaire, la CLIS fait appel à des organismes et des experts extérieurs dont nul ne peut contester la farouche indépendance, finance des études et contre-expertises. L’accident de Fukushima a plus que jamais mis en lumière le rôle essentiel des commissions locales d’information qui étaient inexistantes au Japon.