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Education : une brève histoire de l’école

ancienne photo de classe

Education : une brève histoire de l’école

«Il n’y a pas de liberté pour l’ignorant» affirmait le marquis de Condorcet. Une leçon que l’Alsace a comprise bien avant la plupart des autres régions françaises mais que l’histoire est venue souvent contrarier.
A la fin du 18e siècle, 80% des hommes et 40% des femmes savent lire et écrire, ce qui fait de l’Alsace une région très en avance.

Les contextes politiques et religieux n’ont cessé d’influer sur l’éducation et l’enseignement en Alsace pour le meilleur et pour le pire. C’est à l’aube des temps modernes que naît la singularité de notre région. Portée par l’élan humaniste et réformateur dont l’espace rhénan est l’un des épicentres, l’Alsace contribue à une dynamique sans précédent. Le 16e siècle voit l’éclosion des écoles latines et des collèges, héritiers directs de la pensée humaniste. Mais c’est sans conteste la réforme protestante qui marque de son empreinte l’école de cette période. La transmission des savoirs tient une place majeure dans le protestantisme. C’est à cette époque que les gymnases de Mulhouse, Colmar, Bouxwiller et Strasbourg voient le jour. Leur rôle sera essentiel dans la formation des élites de notre région. Cette éducation d’excellence est malgré tout réservée à une minorité, même s’il faut reconnaître aux églises le mérite d’avoir créé une école élémentaire dans toutes les localités alsaciennes. Et de fait, l’alphabétisation fait alors d’immenses progrès. A la fin du 18e siècle, 80% des hommes et 40% des femmes savent lire et écrire, ce qui fait de l’Alsace une région très en avance. Insuffisant malgré tout pour les plus libéraux  qui critiquent l’omniprésence des prêtres et des pasteurs à qui ils reprochent de faire  de l’école l’antichambre de la sacristie.
Avec la révolution française, s’ouvre une période radicalement nouvelle pour l’école. Les idéaux révolutionnaires font de l’éducation le socle de l’émancipation et du libre arbitre de l’homme. Un noble dessin que l’histoire viendra contrarier. En Alsace, bien plus qu’ailleurs.

Le sacrifice d’une région d’excellence

La question linguistique est au cœur de l’essentiel des tensions vécues par l’école en Alsace  au cours des deux derniers siècles. Lorsque, l’année même de la révolution, l’agronome Arthur Young arrive dans notre province, il écrit : « je me trouvais selon toutes les apparences en Allemagne ». Si l’influence du français gagne progressivement les milieux intellectuels, industriels et commerciaux, le dialecte et l’allemand restent le parler du peuple et des classes moyennes. Les représentants de l’administration centrale, farouches partisans de la diffusion du français, multiplient les initiatives, diffusent des manuels bilingues à l’usage des instituteurs. Et en effet, le français progresse. Mais c’est alors que l’Alsace redevient allemande. La période du Reichsland fait bénéficier l’Alsace d’avancées conséquentes, entre autres sur l’obligation scolaire et la sécularisation mais, en contrepartie, éloigne pendant près d’un demi-siècle notre région de l’histoire de France et des grands débats autour de la construction de la République.
«Votre retour est définitif. Vous êtes Français pour toujours» lança le Maréchal Joffre à la population de Masevaux après le retour de l’Alsace à la France. Des promesses de courte durée. Entre 1918 et 1945, instituteurs, professeurs des collèges, des lycées et des écoles normales sont soumis à trois reprises à des contraintes pédagogiques imposées alternativement par Paris et Berlin, mais dont l’objectif était le même : réaliser l’assimilation nationale. Il aura fallu un demi-siècle de paix durablement consolidé pour que l’école, sans amertume ni arrières pensées, reconsidère la spécificité culturelle de notre région comme une chance pour la France et pour l’Europe.


Les évolutions technologiques sont souvent à l’origine de révolutions culturelles majeures. Que l’espace rhénan soit à la fois le berceau de l’imprimerie et celui d’un intense bouillonnement intellectuel n’est pas le fruit du hasard. C’est ici que sont nés les premiers collèges et gymnases, les premières tentatives d’écoles professionnelles.


Les réformateurs encouragent les autorités politiques et municipales à ouvrir des écoles, accélérant ainsi le mouvement de scolarisation. Les Gymnases « alsaciens » (ici celui de Colmar) inspirent de nombreuses créations à Nîmes, Lausanne, Genève…

Il est de notre devoir de résister à l’introduction de l’allemand dans nos écoles primaires
Lettre d’un Préfet alsacien au Ministre de l’Education nationale. 7 déc.1948 

Une pédagogie de la contrainte

La jeunesse est la cible prioritaire pour imposer l’idéologie nazie. Pendant toute la période de l’occupation, l’école a pour mission de mettre fin à la « légende » de la double culture du peuple alsacien. A partir de 1941, seuls les élèves membres de la Hitlerjugend peuvent passer l’Abitur, et dès l’année suivante tous les élèves qui n’appartiennent pas à cette organisation sont renvoyés du Lycée. Des enseignants exigeants et vigilants subsistent malgré tout, dont Marie-Joseph Bopp. Dans plusieurs pages de son journal (« Ma ville à l’heure allemande : Colmar 1940-1945 » La Nuée Bleue 2004), ce Professeur de lettres classiques au Lycée Bartholdi de Colmar évoque sa résistance à la soumission.

Pour plus d’informations : www.crdp-strasbourg.fr/data/histoire/ecole-alsace/