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Dans nos EHPAD, « Un combat sans munitions »

J’ai appris à gérer la pénurie !

Ehpad FamilleRobert Kohler, Directeur de l’Ehpad «La Roselière» à Kunheim témoigne : « Si l'on peut résumer en quelques mots le vécu d'un directeur de maison de retraite ces dernières semaines, ce serait "la gestion de la pénurie".

Cette pénurie est apparue dans les premiers jours de mars avec la non livraison de masques et de gel hydroalcoolique par les laboratoires. Pourtant les produits étaient en stocks, mais réquisitionnés par l'Etat.

La seule écoute dont nous avons bénéficié dans les moments difficiles du début de la pandémie s'est limitée aux élus locaux qui ont activé leurs réseaux pour nous fournir le matériel nécessaire.

Il y a également eu une très belle solidarité qui s'est mise en oeuvre avec de nombreux dons effectués par des particuliers et des entreprises.

Une très belle humanité s'est dégagée dans ces instants qui m'a profondément marqué. Ces gestes de solidarité ont sauvé des vies !

La gestion de cette pénurie s'est aussi traduite dans le manque crucial de tests de dépistage. En l'absence d'une cartographie épidémiologique, il est difficile de savoir contre qui on se bat.

Nos résidents ont également subi un manque de liens affectifs avec leurs familles. Il y a certes eu des liaisons par skype et par téléphone, mais ils sont insuffisants.

Cette pénurie de lien social se traduisait bien souvent sur un repli sur soi de la personne et à un manque d'appétit. De manière imagée, un syndrome de glissement s'étendait progressivement à toute la maison de retraite et touchait l'ensemble de ses acteurs.

Une brèche s'est ouverte dans la culture de la qualité de vie qui anime « La Roselière ». C'est pourquoi, dès le premier instant, tout a été mis en oeuvre pour ouvrir l'établissement aux familles, conjugué avec une reprise des activités à caractère ludique.

Les prises de repas en commun sont à nouveau possibles et elles ont été même ouvertes aux familles, dans le respect des règles sanitaires. »

 

Une solidarité sans faille entre collègues

EhpadRuth Hannhardt est infirmière à l’Ehpad Xavier Jourdain à Neuf-Brisach. La crise du Covid-19 aura été pour elle une expérience extrêmement douloureuse, malgré ses longues années de métier : « Le 4 mars 2020, l’Ehpad ferme ses portes, par précaution car un personnel a été en contact avec le Covid-19.

Les résidents sont confinés dans leurs chambres, plus de salle à manger commune, plus d’animation, plus de visites, surveillance accrue des résidents, le personnel travaille avec masque et surblouse. S’ouvre alors devant moi une période déstabilisante, difficile.

Nous sommes devant une maladie inconnue dont nous découvrons presque tous les jours un nouvel élément. La peur s’installe au fond de moi, peur d’apporter ce virus à l’Ehpad, peur de le ramener chez moi, peur de perdre des résidents fragiles et vulnérables, peur de ce qui m’attend au travail après un jour de repos… Mais en même temps il faut tenir, faire bonne figure devant les résidents qui ne comprennent pas toujours ce qui se passe, informer les familles avec justesse, rester positif, trouver des ressources pour tenir.

Nous avons eu la chance d’avoir pu bénéficier de dons en matériel de protection et autres, de personnels bénévoles et intérimaires venus en renfort de l’équipe, d’une solidarité sans faille au niveau des collègues motivés et prêts à faire front ensemble.

Au final, nous n’avons eu à déplorer que peu de décès, malgré beaucoup de suspicion de malades Covid-19. Nous continuons de rester vigilants car rien n’est gagné, ne sachant pas ce que l’avenir nous réservera.

 

« Un Ehpad n’est pas un hôpital, c’est un lieu de vie. Nous autres soignants tissons des liens très forts avec les résidents que nous côtoyons parfois pendant des années. Voir partir 21 personnes sur une aussi courte période est une épreuve terriblement douloureuse. Cette crise sanitaire a considérablement renforcé les liens de l’équipe.»

Alexandra, aide médico-psychologique, Ehpad de Saint-Louis

 

« Cette épreuve cruelle m’aura permis d’apprécier toute l’étendue des qualités de mes équipes. Je les savais formidables, je les ai découvertes héroïques. Malgré un absentéisme, qui au plus fort de l’épidémie a atteint 16 %, nous avons toujours réussi à faire face.»

Damien Schirck, Directeur de l’Ehpad de Saint-Louis

Les aides à domicile ont sauvé des vies

 

Aide à domicileAvec la pandémie, nous avons découvert subitement toute l’importance de ceux dont nous dépendons pour nous soigner, nous nourrir, nous débarrasser de nos ordures…

Une réalité qui vient confirmer le constat de l’anthropologue David Graeber pour qui plus un emploi est utile à la société, moins il est considéré et payé.

Barbara, 45 ans, est auxiliaire de vie à l’Ahdap. Elle gagne peu, mais adore son métier. « C’est ma conviction et ma fierté, les auxiliaires de vie ont contribué à sauver des vies. Sans nous, bien des maintiens à domicile ne seraient pas possibles, ni des retours d’hospitalisation d’ailleurs.
Nous contribuons à maintenir du lien social, à rompre l’isolement qui peut être aussi mortel qu’un virus. Dans une belle et véritable relation de réciprocité. Car si les personnes âgées ont besoin de notre aide, nous ne serions pas là sans eux ! Je travaille auprès de deux frères
âgés. Lorsqu’ils m’ont vu la première fois arriver avec un masque, l’un des deux est allé chercher le masque à gaz qu’il portait lors des bombardements pendant la seconde guerre mondiale.

Courage, me dit-il, j’ai connu pire, on la surmontera cette crise. Quelle leçon de vie ! ».