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Ùf elsassisch

Le billet de Sepala GOUMI

Bonnes résolutions

«Wàs màchsch fer’s Neïjohr ?». Il y a quelques semaines, c’était de nouveau la question cruciale qu’une moitié des Alsaciens posait à l’autre moitié. Avec très souvent cette réponse en retour : «Ich weiss net. Un dü ?». C’est vrai que pour le réveillon de Nouvel An, plus les années passent, et plus notre imagination devient aussi foudroyante qu’un pétard mouillé. Quand on était gamin, le problème ne se posait pas : on avait juste le droit de se coucher plus tard, histoire de pouvoir souhaiter une bonne année à papy et à mamie. «Ce sera peut-être la dernière fois», se justifiaient les parents. Quelques années après, ce sont les premiers réveillons entre potes. Ceux qu’on imagine à plusieurs, qu’on organise à quelques-uns et qu’on finit par gérer tout seul avec le soutien moral de tous. Surtout quand il s’agit de nettoyer la salle et de rembourser la casse au traiteur. Une fois mieux installé dans la vie, on opte pour le resto. L’occasion rêvée pour madame d’acheter une superbe robe de soirée. Celle qui rejoindra ensuite le costume de mariage de monsieur dans le placard des vêtements à usage unique. Bref, on finit par tout essayer. Parfois tout et n’importe quoi. «Parce qu’il faut bien s’amuser au moins une fois par an» expliquent les fêtards acharnés. Mais pourquoi donc se laisser dicter son humeur par le calendrier ? Se garder une bonne tranche de rire pour chaque jour de l’année, c’est bien meilleur pour la santé. Hopla, àlles güeta fer’s nèia Johr !

Schulda hà àss d Schwàrta kràcht

Schulda hà àss d Schwàrta kràcht, ou kràcha, littéralement avoir des dettes à faire éclater la (ou les) couenne (s), signifie en réalité être endetté jusqu’au cou. Mais alors que vient faire d Schwàrta, au singulier ou au pluriel, dans cette expression ?
A l’origine, un porc s’était, paraît-il, tellement goinfré, qu’il a grossi jusqu’au craquement de sa couenne. Cette mésaventure a fait en sorte que l’expression d Schwàrta kràcht concerne désormais, dans le langage familier, d Umgàngsproch, tout ce qui est fait de façon excessive, parfois jusqu’à l’épuisement, d Erschäpfung, exagérément, ewermassig, en grosse quantité, a Mänga.
On peut ainsi chanter, sìnga, fêter, faschtla, boire, trìncka ou plutôt süffa, travailler, schàffa ou schufta, accumuler des dettes, bis d Schwàrta kràcha. Autre explication : Schwàrta désigne aussi la dernière planche, celle recouverte d’écorce lors du sciage d’une grume, a Bàuimstàmm, qui effectivement peut craquer quand le bois travaille.
Enfin d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’une dérivation, d Herleitung, du terme latin « charta », un document ancien, a Urkunda. Une vieille et lourde « Schwàrta » manuscrite, serait, après des mois d’un travail harassant, tombée à terre en craquelant. A vous de choisir entre les trois versions. Personnellement je préfère la première interprétation, comme cela, à l’instinct, sans me prendre la tête bis àss d Schwàrta kràcht.

Proposez votre citation à la rédaction : L’alsacien est riche en citations amusantes. Vous souhaitez en proposer une à faire décortiquer par notre «maître es alsacien» ? Elle fera peut-être l’objet du prochain «Was meinsch». Adressez-la à : communication@haut-rhin.fr