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Ùf elsassisch

Le billet de la rédaction

Danke von ganzem Herzen

Tous deux dialectophones, ils sont de la génération à qui l’on a dit « Surtout, parlez français à votre petite ou elle aura du mal à l’école ! » Ils ne se sont même pas posé la question de leur propre réussite professionnelle «malgré» leur soi-disant handicap linguistique : ils se sont abstenus du moindre mot en alsacien en présence de leur enfant. Un jour, la voilà qui rentre, fière d’en avoir appris un d’un camarade de classe. Il avait pris soin d’insister : « En rentrant, tu le dis à ta maman ». Mais sa fierté fut aussitôt gratifiée d’une formidable gifle assortie d’un mémorable « File dans ta chambre ! ».
Plus tard, à l’heure d’apprendre l’allemand au collège, cette nouvelle langue lui picotait méchamment la joue. Aucun professeur ne réussit à la lui faire aimer. Peu lui importait. Elle voyait déjà son avenir ailleurs, dans des contrées où l’allemand et l’alsacien feraient figure de langue tout à fait exotique… et absolument inutile. Ce fut le cas quelques années, jusqu’à ce que le retour aux sources la chatouille : il fait si bon vivre en  Alsace. Elle dû faire le tri entre les postes qui exigeaient la pratique de l’allemand et les autres. Malgré cela, elle eut de nombreux échanges avec des homologues allemands et suisses qui, fort heureusement, maîtrisaient parfaitement le français. Elle aurait aimé pouvoir leur répondre en allemand pour se mettre sur un pied d’égalité. Elle réalisa aussi qu’elle passait à côté de quelques belles opportunités professionnelles. Aujourd’hui, elle encourage  ses enfants à progresser en allemand. Elle suit des cours d’alsacien avec son petit garçon qui en était demandeur, elle a vu s’envoler sa grande fille à Berlin pour ses études… et elle remercie les professeurs qui ont su leur donner le goût d’une langue qu’elle-même a si longtemps
rejetée avant de l’aimer enfin : sa langue régionale.
Danke von ganzem Herzen, Beschta Dànk vo gànzem Harza

Was meinsch

S ìsch àlles ìm Butter

S isch àlles im Butter : tout va très bien, tout marche à merveille, tout baigne dans … le beurre. Et pourquoi donc le beurre? Dans l’Europe médiévale, les marchandises fragiles, en verre ou en porcelaine, étaient transportées dans des tonneaux ou des caisses emplis de beurre fondu, qui, une fois durci, protègeait ces objets de la casse sur les routes cahoteuses des cols de montagnes italiens ou allemands. Ainsi, même si le tonneau était secoué en tous sens, voire dégringolait de la charrette, il n’y avait
pas de casse. Il fallait y penser !
Une autre explication possible et plausible nous mène dans le Berlin du XIXe siècle, où des aubergistes avaient adopté ce slogan pour signifier que tous leurs mets étaient préparés avec du beurre traditionnel et non avec de la Margarine, Kunschtbutter, invention française, suite à un concours lancé par Napoléon III en personne, pour remplacer le beurre rare et cher par un corps gras, peu coûteux et apte à se conserver sans s’altérer tout en
gardant sa valeur nutritive.
Àlles ìm Butter ? Pourquoi pas ? Toujours est-il qu’à cette expression destinée à signifier le bonheur quasi parfait, l’Alsacien bon teint ajoutera facétieusement : nur d Fiaβ sìnn ìm Kaas, tout est dans le beurre, seuls les pieds sont dans le fromage. Façon de ne pas louper un bon mot, mais aussi de montrer qu’il a les pieds sur terre.
Yves Bisch

Proposez votre citation à la rédaction : L’alsacien est riche en citations amusantes. Vous souhaitez en proposer une à faire décortiquer par notre «maître es alsacien» ? Elle fera peut-être l’objet du prochain «Was meinsch». Adressez-la à : communication@haut-rhin.fr