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Quelle place pour nos aînés ?

L’espérance de vie augmente, le nombre de personnes âgées ne cesse de croître : 15 millions de personnes ont plus de 60 ans, elles seront 20 millions en 2030. 1,4 million a plus de 85 ans contre 5 millions en 2060. Une nouvelle démographie du 3e âge se dessine. Dans le Haut-Rhin source : INSEE estimations provisoires au 01/01/2015

  • 184 567 personnes de + de 60 ans
  • 66 841personnes de + de 75 ans
  • 7 288 bénéficiaires de l'APA à domicile (Allocation Personnalisée d’Autonomie)

Dr Stéphane Carnein, médecin

Chef de service du centre départemental de repos et de soins de Colmar www.cdrs-colmar.fr Grand spécialiste de l’accompagnement des personnes âgées, il a été consulté dans le cadre de l’élaboration du projet de loi relatif à l’adaptation de la société au vieillissement dite «loi ASV « promulguée en décembre 2015.

Aujourd’hui, à quel moment considère-t-on que l’on rentre dans la vieillesse ?

C’est une notion qui a beaucoup évolué. L’âge a reculé en l’espace de 30 ans car les pathologies ont été traitées et les handicaps compensés. En l’état actuel, on peut faire coïncider la vieillesse avec le début de la dépendance, vers 82/83 ans.

Peut-on faire un parallèle entre vieillissement de la population et vieillissement de la population active ?

L’allongement du temps de travail peut présenter des aspects positifs. Le vieillissement de la population fait que les personnes restent en bonne santé plus longtemps. Pour ceux qui restent dans un processus de travail actif, «leur plasticité cérébrale» est mise en oeuvre par l’obligation de s’adapter, ce qui est bénéfique pour la santé. Pour les «décrocheurs», c’est plus compliqué de raccrocher les nouvelles organisations du travail d’où l’intérêt des missions adaptées et du temps partiel. Il faut bien sûr tenir compte du vieillissement physique et de la pénibilité du travail, mais il y a une réelle place pour les seniors dans le monde du travail.

Par exemple ?

Dans notre domaine, pour l’accompagnement des personnes âgées à domicile, nous mettons en place des nouvelles technologies... C’est bien, mais il manque un pendant humain que les seniors peuvent assurer. Plus largement, je pense qu’ils ont un relais social à prendre et pas uniquement sous forme économique...

Avec le vieillissement, la fréquence des maladies augmente.Quelles sont-elles ?

Il y a, bien évidemment, les maladies dégénératives et neurologiques mais aussi les maladies vasculaires et métaboliques, propres à l’ensemble des pays de l’Europe de l’ouest et qui sont dûes à notre alimentation et à nos modes de vie, comme le diabète. Et puis, nous sommes aussi confrontés à des maladies, moins connues, dites chroniques que nous ne pouvons pas guérir. On constate aussi une hausse des intoxications au monoxyde de carbone dûes non pas à la vieillesse mais à la précarité des gens. Une des préoccupations majeures reste celle de l’accès aux soins et de l’entourage social.

La priorité est de maintenir le plus longtemps possible les personnes âgées à domicile. Qu’en est-il exactement ?

C’est un challenge des pays occidentaux. La loi «ASV» va dans ce sens en revalorisant l’APA qui permet aux personnes âgées de vieillir chez elles et en instaurant un droit au répit pour les proches aidants qui accompagnent les personnes atteintes d’une grande perte d’autonomie. Cette mesure permet de ne pas compromettre l’équilibre du maintien à domicile et d’éviter les cassures dans les parcours de vie.

L’isolement des seniors est une problématique récurrente. A-t-on trouvé un moyen de rompre cette solitude ?

Je suis un acteur convaincu de l’utilisation des nouvelles technologies comme outil de traitement de l’isolement social. Avec l’éloignement des enfants, l’éclatement des familles, c’est un autre mode de communication qui se crée, une sorte de lien social technologique. Ensuite, se pose la question, plus large, de l’intégration du mode de vie des seniors dans la ville. C’est en discussion, il y a des arbitrages financiers à observer.

L’activité physique, une des armes essentielles à la prévention. Le sport, une réponse non médicamenteuse au maintien du corps et un créateur de lien social.

Les seniors, une cible marketing ?

Les plus de 60 ans représentent aujourd’hui 1/4 de la population, un poids plus important que celui des jeunes actifs. C’est un créneau marketing important d’autant plus qu’ils ont un pouvoir d’achat élevé. Mais la «silver économie» correspond aussi à de véritables besoins, selon le Dr Carnein, notamment dans la compensation du handicap, avec le développement de la domotique et d’outils de dépistage « électroniques » pour les personnes à domicile. Avec 450 000 chutes/an, ce type de dépistage combiné à la venue des pompiers est la seule possibilité envisageable pour secourir la personne.

Pour plus d’informations : www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr www.solidarite.haut-rhin.fr www.viatrajectoire.fr (site d’inscription en maison de retraite en ligne)