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Lettre de San Francisco

Martin Graff Multiple lauréat du prix franco-allemand du journalisme, Martin Graff publie à la rentrée chez Mors - tadt-Verlag deux livres consacrés aux tumultueuses relations entre la France et l’Alle - magne. Responsable de nos malentendus: Martin Luther !

Lettre de San Francisco

Je dîne avec Emily Weinstein, du San Francisco Chronicle, au café Divine, North Beach pour les connaisseurs. « Mister Graff, we are going to shuffle some ideas about Europe.» Shuffle ? Je ne connais pas le mot, mais j’active mes neurones. Je pense à schüfla, Schnee schüfla, pelleter la neige, mon tra vail hivernal quotidien sur les hauteurs de la vallée de Munster. Schnee schaufeln en allemand, donc par extension : pelleter, brasser les idées. Ganoi, en plein dans le mille ! Un Alsacien dialectophone apprend l’allemand et l’anglais les doigts dans le nez.

J’ai toujours dit à Sartre, élevé par l’oncle de Berri - Albert Schweitzer - que son œuvre «L’être et le néant» se lisait plus facilement en alsacien qu’en français : «Küpst wia g’sprunga ». Quand nous prenions le petit-déjeuner ensemble au café Flore, het d’r Sartre emmer di croissants en d’r Melichkaffe getonkt, to tunk en anglais, tunken en allemand. Ensuite het er gschlonrft wia a Katz.To slurp, schlürfen, laper comme Papyrus, mon chat préféré.

J’ai croisé il y a quinze jours un professeur de Normale Sup à la Villa Rosa, chez AnneRose, «l’impératrice florale des Trois-Epis», selon la Berliner Zeitung. Le savant est né à Mulhouse : parents alsaciens. Papa et maman parlaient alsacien entre eux, mais pas au petit génie qui a grandi analphabète franco-allemand et a eu un mal fou pour apprendre plus tard l’allemand et l’anglais. Hang dini Wurzla an di Luft pour mieux voir la terre. Martin Graff, California.