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LE BILLET : RODOLPHE BURGER

Rodolphe Burger

Rodolphe Burger

Plus tout à fait d’ici ni tout à fait d’ailleurs, le coeur du chanteur, compositeur et guitariste originaire de Sainte-Marie-aux-Mines, balance entre son île bretonne adoptée et sa vallée adorée. 

Une évidence joyeuse ! 

Parfois l’Alsace, même quand on l’a quittée depuis longtemps, se rappelle à vous fortement. Ce fut le cas un certain 21 Mai 2006, à l’occasion d’un mémorable concert à la Laiterie de Strasbourg. Il s’agissait d’inaugurer la nouvelle Cité de la Musique, et sa directrice, Marie-Claude Ségard, m’avait offert la possibilité de convier les artistes de mon choix. 

C’est ainsi que pour la première fois, j’ai pu réunir sur une même scène Alain Bashung et Jacques Higelin. Ce n’était pas dans notre intention, mais l’évidence nous a sauté aux yeux : nous étions trois Alsaciens ou trois ex  Alsaciens, et ce n’était peut-être pas tout à fait un hasard. 

Au-delà de l’affinité artistique, nous prenions conscience d’une sorte de parenté liée à cette « origine » alsacienne. « Elsass Blues » : cette chanson d’Alain dit assez combien l’affaire de l’origine n’est jamais simple. Mais là il s’agissait d’une évidence plutôt joyeuse, dont je ne saurais nommer la teneur : un commun ex-centrement, peut-être. Nous nous sentions tous trois des « Hans em Schnockeloch » définitifs.

D’ailleurs Jacques, qui adorait les paroles de cette chanson, l’avait chantée au festival C’est dans la Vallée, avec jubilation (« vivre il ne peut pas, mourir il ne veut pas !»). Mais la chanson que nous avons envisagé d’entonner ensemble, ce soir-là, pour donner voix à notre alsacianité, c’est « Die Gedanken sind frei ». Par peur d’en écorcher les magnifiques paroles en allemand, nous avons fini par y renoncer. Mais l’intention y était.

A Krott ìm Hàls hà

En Alsace, quand on a la gorge irritée, on dit ìch hà a Krott ìm Hàls, littéralement j’ai un crapaud dans la gorge. Un crapaud, tiens tiens ! Partout ailleurs en France, c’est un chat et en Allemagne a Frosch, une grenouille. Seule constante : la présence d‘un animal plus ou moins invasif. En  français, que vient faire un félin dans la gorge, pauvre bête forcément paniquée, griffant et mordant pour s’échapper de ce lieu étroit et inhospitalier ?

Il semble que cette métaphore vienne d’une confusion entre matou, le fameux chat, et maton, qui désignait des grumeaux de lait caillé et par extension, des amas de poils, de laine, qui peuvent obstruer des orifices. Or, lorsqu’on a la voix enrouée, c’est souvent qu’on a des glaires qui obstruent les conduits, donc des matons, qui, par erreur, sont devenus des chats. Typisch Frànzeesch ! 

Pourquoi une grenouille, a Frosch en allemand ? Une enflure sous la langue s’appelle en langage médical une ranule, du latin ranula, petite grenouille. Typisch Ditsch ? Eh non ! les Anglais ont leur frog, et les Espagnols leur rana.

Quant au crapaud alsacien, s’agit-il d’une autre métaphore jouant sur le son rauque de son coassement, ou alors tout simplement d’une confusion entre les deux batraciens ? Typisch Elsassisch ? Que nenni! les Brésiliens ont leur sapo, et les Italiens leur rospo. Et loin de moi l’idée de vous faire avaler une couleuvre, a Blìndschlichla, et uff Elsassisch a Krott schlucka.