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L’alsacien, quelle histoire !

L’alsacien, quelle histoire !

L’origine des dialectes alsaciens remonte aux 4e et 5e siècles après J.-C. Ce sont les lointains descendants des parlers des Alamans et des Francs, tribus germaniques qui peuplaient l’Alsace à cette époque.

alsaciennes en costume

Les dialectes alsaciens ont 1 500 ans. C’est avec la fin de l’Alsace gallo-romaine en 451 que les parlers germaniques vont progressivement s’imposer face au celte et au latin.

Au début étaient les Celtes venus des pays du Danube dont la culture s’étendait jusqu’aux îles britanniques et qui peuplaient l’Alsace vers 300 avant J.-C. Vers 58 avant J.-C., Jules César, a la faveur de combats fratricides que se livrent deux tribus celtes, en profite pour étendre sa domination et conquérir l’Alsace qui, pour 5 siècles (58 avant J.-C.-451 après J.-C.), intègre l’empire romain. La romanisation de l’Alsace a pour conséquence de reléguer le celtique jusqu’alors langue dominante à celle d’un parler populaire. C’est le latin dorénavant qui devient langue officielle. Près de deux siècles de paix vont s’en suivre. Mais à partir de 232, les Germains, et plus particulièrement les Alamans, multiplient les incursions en Alsace pour s’y installer définitivement au début du 5e siècle. L’invasion des Huns sous la conduite d’Attila va marquer la fin de l’Alsace gallo-romaine en 451. Au latin et au celte se substitue alors un dialecte germanique, l’alémanique. Mais pas partout en Alsace. Car le désir de conquête des Alamans va se heurter à une autre tribu germanique, les Francs. Les deux peuples s’affrontent lors de la bataille de Tolbiac en 496 où les Alamans sont défaits par Clovis, roi des Francs. Victoire suite à laquelle les Francs colonisent la région de l’Outre-Forêt et y introduisent leur langue, le francique. C’est à ce moment que s’établit la frontière linguistique en Alsace dont notre région conserve toujours la trace. Deux dialectes vont dorénavant coexister en Alsace. Le francique au nord, l’alémanique dans le reste de la région. Deux parlers dont nos dialectes d’aujourd’hui sont les descendants directs. 

La faute à Luther !

A l’époque de l’occupation de l’Alsace par des tribus germaniques, l’allemand unifié, l’allemand standard n’existe pas encore. C’est le latin qui, pendant plusieurs siècles encore, restera la langue des clercs de l’église, des diplomates, des scientifiques et des lettrés. Soucieux de convertir les tribus germaniques au christianisme, Charlemagne donnera toutefois des instructions pour prêcher et enseigner dans les langues populaires. En Alsace, les abbayes de Wissembourg et de Murbach vont jouer un rôle essentiel dans la promotion des dialectes de l’époque. Il faudra attendre plusieurs siècles encore pour qu’une langue écrite commune, synthèse des différents dialectes, voit le jour. L’invention de l’imprimerie vers le milieu du 15e siècle y contribuera pour beaucoup. Mais bien davantage encore le mouvement de la réforme. Luther, en contestant l’usage exclusif du latin par les clercs, s’attèle avec une poignée de collaborateurs à la traduction de la bible en Hochdeutsch afin de la rendre accessible à tous. Le succès de son entreprise est tel que tous seront obligés de s’adapter à cette nouvelle langue écrite en formation. Nombre d’historiens pensent que l’Alsace, qui à l’époque était un centre d’imprimerie de première importance et dont nombre d’intellectuels et d’écrivains avaient une réputation qui dépassait le cadre rhénan, aurait eu de grandes chances d’imposer sa langue comme langue commune. Luther et la réforme en auront voulu autrement.

L’Alsace aurait eu de grandes chances d’imposer sa langue comme langue commune.

Pendant toute la période de l’humanisme rhénan, notre région continuera à apporter sa contribution à l’édification de la langue commune. Mais au moment où l’allemand moderne prend sa forme définitive, notre région sort exsangue de la guerre de 30 ans et sa contribution sera quasi-inexistante. L’alsacien prendra sa revanche pourtant. Car si l’allemand a d’abord été une langue écrite avant de devenir une langue parlée, ce ne sera jamais le cas en Alsace, y compris pendant les périodes du Reichsland et de l’annexion nazie où jamais l’allemand n’arrivera à détrôner l’alsacien comme langue orale.

Alsace, tour de Babel
Comme toutes les langues, nos dialectes sont le résultat de changements et de transformations intervenus au fil des siècles. A partir du 6e siècle et jusque vers l’an 800, se produit un changement linguistique fondamental : la mutation consonantique haut-allemande qui se traduit entre autres par la mutation du p en pf. Seule l’Alsace du sud va intégrer la totalité de ces mutations. L’Alsace du nord ignore la plupart de ces modifications. Les toponymes quant à eux reflètent une plus grande complexité encore et rendent compte de la présence successive des Celtes, des Romains et des Germains sur notre sol. Ainsi les noms de rivières entre autres -Bruche, Thur, Largue, Fecht…- ont gardé leur forme celtique et peut-être même pré-celtique.

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Pour plus d’informations : Cet article doit beaucoup au travail d’André Weckmann, « Brève histoire linguistique de l’Alsace » Réédition numérique en ligne, 2011, CRDP