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Jean-Marie Meshaka

Jean-Marie Meshaka

Je joue donc je suis

Actuellement à l’affiche du Bourgeois Gentilhomme au théâtre Poche-Ruelle à Mulhouse, où il fustige avec délectation et fantaisie la vanité et la médiocrité de l’homme, Jean-Marie Meshaka, passionné invétéré de théâtre, nous donne l’impression d’avoir « de plus en plus 20 ans ».

Le décor est sobre, une table et deux chaises sont dressées à l’entrée du théâtre. Seuls témoins d’une rencontre sans chichi, ni froufrou, à l’image de son hôte pour un récit vrai, authentique, entre révolte et nostalgie.
D’aucuns -ignorants ou mauvaises langues- diraient, Jean-Marie s’est trouvé une belle occupation pour la retraite, en faisant du théâtre dans ce petit écrin de poche. C’est bien mal connaître le personnage et son histoire. Car, c’est du haut de ses 7 ans, tel Obélix tombé dans la marmite de potion magique, que l’aventure théâtrale commença pour ne jamais le quitter ! C’est au Caire en Egypte, chez les jésuites que le théâtre devint une révélation, alors que son copain de classe se mouvait sur scène. « Par la suite, je n’ai plus jamais joué avec lui. Je l’ai en quelque sorte déifié » confie Jean-Marie Meshaka. Conscient de ce bouleversement, le Père Matthieu lui propose de participer au projet annuel de la classe… Une passion dévorante est née. Elle se poursuit au collège puis au lycée, où il crée sa première troupe, avec laquelle il monte Eurydice d’Anouilh et fera même jouer Omar Sharif…

Le théâtre, son ADN

Issu d’une famille de scientifiques, rien ne laissait présager de l’orientation « irrationnelle » de Jean-Marie, et si son père n’était pas totalement hostile, il était  toutefois rassuré de le voir poursuivre ses études. Jean-Marie entre en faculté de médecine à Beyrouth au Liban mais son cœur est bien au théâtre : « Je ne sais pas où, ni comment, mais sache qu’un jour j’enverrai tout promener » clame-t-il à son père. Il devient dentiste, professeur d’université tout en poursuivant sa passion, envers et contre tous, au Liban, puis en France.

Le monde ne tourne pas rond

« Pourquoi tant de sang au nom des religions ?», une question restée sans réponse pour celui qui a vécu deux exils, de l’Egypte au Liban, du Liban en France, qui a frôlé de très près la mort, et qui a tout perdu, contraint, à chaque fois, de repartir de zéro. Une plaie restée à jamais ouverte, et dont il tente de crever l’abcès avec « Gueule d’automne », une création très personnelle reprise, en janvier dernier,  à la Filature de Mulhouse, lors du Festival des Vagamondes. « C’est ma passion du théâtre qui m’a sauvé, ma perméabilité aux autres. L’autre est ma sève !». Dans cette pièce, il fustige ce monde qui est tributaire de la religion et prône la laïcité. « Aujourd’hui, le balancier en cours doit aller jusqu’au bout pour rentrer à nouveau dans un cycle normal et réveiller les consciences ». Il sait tout le mal que les hommes peuvent se faire au nom de Dieu… Ecorché vif, Jean-Marie Meshaka a dû tout reconstruire à l’âge de 42 ans ; pour manger, la Ville de Mulhouse l’a autorisé à faire de la prévention bucco-dentaire dans les écoles maternelles. Puis, happé par le tourbillon de la vie, il reprend pied : chirurgien maxillo-faciale à l’hôpital le matin, dentiste dans son cabinet l’après-midi et comédien le soir. Il crée le Théâtre de la Ruelle et se produit une dizaine d’années avec sa troupe, avant de se voir confier la direction du conservatoire d’art dramatique de Mulhouse en 1992 et, plus tard, la responsabilité du théâtre Poche-Ruelle.

Plutôt cigale que fourmi ?

« Plus le temps passe, plus je revendique ma libanité, ma porosité aux autres, ma joie de vivre immédiate, au-delà de la thésaurisation du lendemain. Pour l’anecdote, la première chose qui m’a frappé lorsque je suis arrivé en France, c’est qu’une conversation sur deux tournait autour de la retraite et le fait de se protéger constamment. Une attitude qui « bouffe » une certaine spontanéité… On hypothèque son présent pour un avenir incertain. La trop grosse fourmi me fatigue un peu. » avoue Jean-Marie Meshaka, qui n’hésite pas à rembarrer ceux qui lui disent de se préserver. Mais pourquoi ? Pourquoi faire ? Oui cette philosophie de vie, c’est bien son côté libanais, pays avec lequel il n’a jamais rompu les passerelles :  sa cuisine, sa musique, ses odeurs, sont toujours bien présentes en lui, véritables madeleines de Proust. 
 

En chiffres

Une centaine de  créations à son actif
1976 : arrivée à Mulhouse
1982 : création du théâtre de la Ruelle à Mulhouse
1992-2004 : directeur du conservatoire d’art dramatique de Mulhouse
1998 : responsable du théâtre Poche-Ruelle à Mulhouse
theatre-poche-ruelle.fr