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Grand canal d’Alsace : le chantier du siècle

C’est le plus grand chantier jamais réalisé dans l’est de la France. 52 km de long, une profondeur moyenne de 10 m et un chenal navigable compris entre 80 et plus de 100 m. Soit davantage que le canal de Suez.

On ne commande bien à la nature qu’en obéissant à ses lois affirmait le grand agronome Olivier de Serres. Pour avoir dérogé à ce sage précepte, le projet d’aménagement du Rhin dont l’ambition était de dompter l’impétuosité du fleuve, aura connu bien des vicissitudes. Raccourci d’une trentaine de km entre Bâle et Lauterbourg, le Rhin voit son équilibre rompu. L’accélération de la vitesse de l’eau a pour conséquence d’augmenter les capacités d’érosion du fleuve qui, en quelques années, va surcreuser son lit de 5 à 10 m selon les endroits. Près de Kembs émerge alors une barre rocheuse, la fameuse barre d’Istein qui a pour conséquence d’interdire définitivement aux bateaux l’accès au port de Bâle. Un ingénieur de très grand talent proposera une solution  pour remédier à ce problème. Né à Buhl, dans la vallée de Guebwiller en 1866, René Koechlin issu d’une grande famille d’artistes, d’hommes politiques, d’ingénieurs, de savants…   travaille à l’étude pour la construction du tunnel du Simplon, réalise des tramways. Mais c’est à la construction d’usines hydroélectriques qu’il s’intéresse tout particulièrement. Dès 1893, il envisage l’utilisation de la force du Rhin pour la production d’énergie électrique. Dix ans plus tard, il présente à la société industrielle de Mulhouse le projet détaillé d’une usine hydroélectrique réalisée en partie sur un canal latéral du Rhin. Pour l’époque, le projet est d’une ampleur et d’une audace exceptionnelles. De longues années de négociations s’ouvrent avec les gouvernements des pays riverains du fleuve, que la Première Guerre mondiale viendra interrompre.

Un convoi fluvial de 5 000 tonnes transporte autant de marchandises que 5 trains complets ou 250 camions et la voie d’eau est 4 fois moins énergivore par tonne transportée que la route.

Un projet d’une grande audace

A la fin du premier conflit mondial, la géopolitique de l’espace rhénan est profondément bouleversée. La France victorieuse a en effet obtenu du traité de Versailles l’usage exclusif du Rhin à des fins hydroélectriques et le droit de construire un canal latéral au fleuve. Le projet Koechlin pourra donc enfin voir le jour. Les travaux débutent en 1928 par l’édification d’un premier barrage situé à Kembs mais seront exécutés pour l’essentiel dans la période 1950-1975 selon un schéma qui a été progressivement modifié. Dans le Haut-Rhin est réalisé un canal unique allant des portes de Bâle à Neuf-Brisach, alors que plus en aval ce sont des dérivations successives qui tronçonnent le canal d’Alsace en autant de biefs assurant entre chacun d’eux un retour des eaux au fleuve. Voici donc le Rhin à nouveau accessible, presque sans courant, jusqu’à Bâle, et pourvu de dix centrales hydroélectriques.

Le traité de Versailles accorde à la France l’usage du Rhin, à des fins hydroélectriques et le droit de construire un canal latéral.

Du grand canal d’Alsace, il a longtemps été dit qu’il était le plus beau cadeau fait par la France à la Suisse et à Bâle en particulier. De fait, le port de Bâle est  l’unique accès de la Suisse à la mer pour le transport de marchandises. On comprend dès lors sa place parmi les cinq premiers ports fluviaux européens. De ce dynamisme, la Haute Alsace va profiter par ricochet. Car Bâle, à l’étroit dans ses murs, s’étend au-delà de ses frontières. Mais le Haut-Rhin va connaître à partir du début des années 1960 un développement qui ne doit rien à sa riche voisine. Une politique d’industrialisation nouvelle voit le jour. Les industries chimiques en particulier se développent le long des berges du grand canal. Et deux ports rhénans voient le jour, celui de Colmar-Neuf-Brisach et celui de Mulhouse.  

Lorsque s’achève la construction de la centrale hydroélectrique de Kembs en 1932, l’usine produit 0,9 milliard de Kwh, soit plus de 6 % de la production électrique nationale. Aujourd’hui, les dix centrales du Rhin contribuent à hauteur de 20 % à la production hydroélectrique d’EDF France. Qui elle-même ne représente qu’environ 10 % de l’énergie électrique produite en France !   

Les plus grands des sas d’écluse du grand canal d’Alsace reçoivent 60 000 m3 d’eau et peuvent accueillir 4 péniches à la fois ou des convois de près de 9 000 tonnes. Soit l’équivalent de plus de 200 wagons ou de 400 camions.

Le creusement du grand canal d’Alsace a suscité la création de plusieurs ports et zones industrielles. A Ottmarsheim-Chalampé, Neuf-Brisach, et indirectement à Mulhouse-Ile Napoléon, grâce à l’aménagement à grand gabarit du vieux canal de Huningue greffé sur le grand canal d’Alsace à Niffer. Grâce à ces équipements la Haute-Alsace a pu se connecter au fleuve le plus navigué du monde qui, avec ses 300 millions de tonnes de marchandises transportées chaque année, est aujourd’hui  l’artère vitale de l’économie occidentale. Un tonnage qui sans nul doute ira croissant, car plus que nul autre mode de transport, la voie fluviale est au cœur du développement durable.

  Pour plus d’informations : http://alsace.edf.com