Back to top

Faut-il limiter la vitesse à 80KM/H ?

Expérimentée pendant deux ans sur 81 km de routes, la limitation de la vitesse maximale autorisée à 80km/h au lieu de 90km/h pourrait être généralisée par le gouvernement, dès cette année, à l’ensemble des routes nationales et départementales à deux voies sans séparation centrale. Les avis sur la question sont très tranchés.
 
POUR

Gilles Huguet
Président de la Ligue contre la violence routière Haut-Rhin-Bas-Rhin affiliée à la Ligue contre la violence routière nationale.

Le nombre de tués sur les routes de France a fortement diminué pendant plusieurs décennies grâce notamment à la mise en place de nombreux radars. Depuis, mis à part quelques « mesurettes », on ne sait plus quoi faire d’autre.  Conséquence: ce chiffre a fini par stagner, avant de se remettre à grimper ces quatre dernières années. Si la vitesse est un facteur aggravant dans la plupart des accidents - plus elle est élevée, plus l’accident est grave - elle en est aussi une cause directe : sorties de routes en sortie de virage, incapacité à éviter un véhicule... Des études sur les routes américaines ont permis de constater qu’une variation de 1% de la vitesse moyenne entraîne une variation de 2% des accidents corporels et de 4% du nombre de tués. Ce résultat confirmé par des chercheurs suédois porte le nom de « Loi de Nilsson ». Les calculs de force démontrent que baisser la vitesse de 90 km/h à 80 km/h diminue de 20 % l’intensité d’un choc, frontal. De toute évidence, cette nouvelle limitation est LA mesure qui permettrait de faire baisser considérablement la mortalité sur les routes où sont susceptibles de se produire ce type de chocs, autrement dit, les routes bidirectionnelles sans séparateur central. Ces calculs nous permettent d’estimer à 400, voire 450 le nombre de vies potentiellement épargnées chaque année. Bien sûr, la Ligue contre la violence routière milite aussi pour la baisse du taux d’alcoolémie - un  tiers des accidents mortels impliquent l’alcool -, pour une répression accrue de l’usage du portable au volant ou encore de la conduite sous stupéfiants mais ceci nécessiterait bien sûr d’augmenter le nombre de contrôles. Or, dans le  contexte actuel, nos forces de police sont largement mobilisées sur d’autres priorités. C’est donc sur la vitesse de circulation que nous pouvons agir le plus efficacement. Cette mesure est tout simplement réaliste. Quant à l’argument de la  perte de temps, avancé par certains détracteurs, il ne tient pas la route: baisser la vitesse maximale autorisée de 10km/h sur un trajet de 90 km/h ne le rallonge que de six minutes. De manière générale, un grand travail de pédagogie est à  faire concernant le rapport des automobilistes à la vitesse.

CONTRE

Rémy Rodriguez
Vice-président de l’Union Nationale des Automobiles-Clubs, Président fondateur de Mon Automobile Club, délégué régional de 40 Millions d’Automobilistes.

Les associations que je représente sont très opposées au projet de limiter la vitesse maximale autorisée sur les routes à deux voies sans séparateur central. Pour qu’une mesure ait un impact, il faut qu’elle soit démontrée. Or, aucune étude  sérieuse à ce jour n’établit que la baisse de vitesse apporte un gain de sécurité. Au contraire, des pays meilleurs que nous en termes de sécurité autorisent, sur le même type de routes, des vitesses maximales plus élevées : 97km/h en  Angleterre, 100 km/h en Allemagne. Dans notre société où tout va toujours plus vite, la circulation motorisée est la seule chose qui régresse : les infrastructures routières ne correspondent plus au trafic actuel. C’est là qu’est le fond du  problème. Aujourd’hui, malgré la politique répressive du « tout radar » le nombre de tués sur les routes stagne, voire remonte. On se trompe de bataille : l’outil radar est un superbe outil, mais il ne suffit pas. Il n’a aucune valeur pédagogique : lorsque la contravention tombe dans la boîte à lettres, la plupart des automobilistes ne se souviennent même plus de l’endroit ni des conditions dans lesquelles ils ont été flashés ! Les véritables leviers de la sécurité sont ailleurs : présence de la police sur la route, baisse du taux d’alcoolémie, répression de la conduite sous stupéfiants, éducation à la conduite tout au long de la vie… et, bien sûr, adaptation des infrastructures au volume de circulation. C’est tout de même effarant de constater que les autoroutes, qui sont les plus sûres des routes, sont celles que l’on rend les plus chères ! La vitesse est un ingrédient de l’accident mais pas son élément déclenchant. Les causes sont toujours  multiples. Arrêtons de tout légiférer et appliquons plutôt des règles de bon sens. Au Danemark, la vitesse maximale autorisée, un temps abaissée de 90 à 80km/h, a été relevée sur bon nombre de leurs routes secondaires compte tenu du  rapport bénéfices/risques. En Angleterre, le « je bois, je ne conduis pas » a été complètement intégré par la population, au point que ce pays compte deux fois moins de tués sur les routes. Il est donc possible de changer les mentalités. 97 % des automobilistes sont des conducteurs responsables. Les trois autres pourcents ne doivent pas nous faire tout accepter. Quoi qu’on en dise, l’automobile reste le 1er mode de mobilité. Il vaut mieux faire avec que contre.

L'AVIS DU CONSEILLER DEPARTEMENTAL

Alain Grappe
Conseiller départemental du canton de Guebwiller.
Vice-Président du Conseil départemental du Haut-Rhin, Président de la Commission routes, voirie et infrastructures

L’accident type se produit statistiquement plutôt sur route plane et rectiligne, hors intersection, hors intempéries, sans changement de direction, entre 16h et 19h en semaine et entre 15h et 19h le week-end. Les causes en sont multiples. La vitesse en est une, bien sûr, mais aussi l’alcool, les stupéfiants, l’inexpérience des jeunes conducteurs, le non-respect des distances de sécurité, les distracteurs (téléphone, GPS, mais aussi la musique trop forte…). En ce qui me concerne, je privilégierai toujours les actions de formation et de prévention. C’est le préalable à une conduite responsable. Contrairement à la peur du gendarme ou du radar, la prise de conscience et la réflexion produisent des résultats pérennes. Le bon entretien des véhicules concourt également à la sécurité. Dès le mois de mai, le contrôle technique sera d’ailleurs beaucoup plus exigeant. Pour en revenir à la vitesse, il est ainsi dommage de devoir prendre des mesures nationales rastiques qui tendent à pénaliser ou culpabiliser tout le monde alors que les excès de vitesse et les conduites à risque sont le fait d’une minorité d’automobilistes. Je mets aussi dans la balance le fait que la lenteur engendrée par une baisse  de la limitation de la vitesse maximale autorisée pourrait augmenter le nombre d’impatients et donc de dépassements, voire de dépassements à risques. Il faudra donc observer les résultats sur la durée. Surtout, rappelons-nous que la conduite nécessite une concentration à 100%.

PLUS D'INFORMATIONS SUR :

www.violenceroutiere.fr - www.mon-automobile-club.org