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Faut-il imposer les pneus hiver ?

En avoir ou pas… telle est la question qui se pose à chaque début d’hiver. Il y a les convaincus, ceux qui la repoussent au lendemain, ceux pour qui ce n’est jamais le bon moment ou encore ceux qui se croient plus forts que les éléments. Il s’agit pourtant d’une question fondamentale de sécurité, particulièrement dans notre département où la météo peut nous réserver bien des surprises tant dans la douceur que dans la rigueur.

POUR, si…

Jérôme Berger, Directeur général du Centre de formation de sécurité routière Eugène Formation à Châtenois-Sélestat

Dans nos métiers, nous savons que sensibilisation et répression marchent de pair. Peut-être faudra-t-il en arriver à légiférer si l’information et l’incitation s’avèrent insuffisantes à la prise de conscience de tous ou quasiment tous. Car en la matière, la demi-mesure est perverse : vous êtes équipé, vous freinez pour éviter un obstacle, le véhicule qui vous suit n’est pas équipé et c’est le choc. A chacun de prendre sa part de responsabilité pour la sécurité de tous ! C’est un investissement au départ mais ensuite, c’est un roulement : les pneus été qui ne s’usent pas pendant l’hiver dureront plus longtemps !

Car ce que nous appelons parfois pneus neige sont en réalité des pneus hiver. Ils se justifient dès que la température passe sous les sept degrés, seuil en dessous duquel les pneus été perdent leur adhérence. Dans notre région, dès lors que l’on roule relativement tôt le matin et un peu tard le soir, on peut considérer que les pneus hiver ont toute leur utilité dès la mi-novembre et jusqu’à la mi-mars, même sans neige, ni verglas. Autant les monter systématiquement. En terme d’adhérence, la différence est réelle. Mais attention, être équipé de pneus hiver représente un gain de sécurité, pas un visa pour aller plus vite. Leur limite n’équivaut de loin pas à celle d’un pneu été en période estivale !

Depuis une quinzaine d’années, le nombre d’automobilistes équipés a augmenté. Il y a bien une prise de conscience mais on est encore loin du compte. Et il suffit d’un ou deux hivers un peu cléments pour que la tendance s’inverse. J’entends souvent des stagiaires me dire qu’ils arrivent parfaitement à se passer de pneus hiver en roulant très prudemment en cas de neige ou de verglas. Je leur réponds : « Et si quelqu’un perd le contrôle face à vous ? » Un coup de frein, un coup de volant et c’est le décor assuré ! Il ne suffit pas d’arriver à rouler, il faut pouvoir se mettre en sécurité en cas de nécessité. Cela dit, imposer les pneus neige en France me paraît compliqué : nous avons de telles différences de climat entre le Nord et le Sud, ce qui n’est pas le cas des pays germaniques. Sincèrement, je préfèrerais que la prévention suffise à ce que tout le monde s’équipe de son plein gré.

Contre

Louis Philippe Feuerstein
Directeur de la délégation de l’Automobile Club Association pour les départements 68,88 et 90

Environ 15 % des automobilistes s’équipent en pneus hiver. Pourtant, il ne viendrait à personne l’idée de sortir dans la neige en short et sandalettes ! Imaginez que le pneu repose sur la route sur une surface équivalente à une main : ce n’est rien ou presque rien. Il faut mettre toutes les chances de son côté. S’équiper en pneus neige, c’est être raisonnable pour soi-même, ses passagers et les autres usagers de la route. Une législation existe déjà. Le panneau B26, positionné au pied de certains cols de montagne, rend l’équipement obligatoire (chaînes). Souvent, il précise que les pneus neige, appelés plus justement pneus hiver, sont admis. Utilisée à bon escient, cette législation est efficace.

Regardons ce qui se passe chez nos voisins. La Suisse n’impose pas les pneus hiver mais les recommande fortement. En cas d’accident au volant d’une voiture non équipée et selon les circonstances, une part de responsabilité peut être attribuée au conducteur qui doit toujours garder la maîtrise de son véhicule. En Allemagne, l’équipement est obligatoire en cas de « conditions hivernales » c’est-à-dire neige, dégel, verglas, pluies verglaçantes, brouillard givrant, etc. Le défaut d’équipement est alors passible d’une contravention de 40 euros et de 80 s’il y a entrave à la circulation. En Suisse comme en Allemagne, les assureurs peuvent décliner leur responsabilité en cas d’accident selon le lien de causalité entre le défaut d’équipement et le sinistre. Dans notre région frontalière, le plus judicieux est de s’équiper d’octobre à fin mars, six mois pendant lesquels, l’automobiliste bénéficie d’un gain de sécurité dès que la température descend sous les 7°, ce qui est loin d’être rare… Et six mois pendant lesquels les pneus été ne s’usent pas !

Je crois davantage en la sensibilisation et la formation qu’en la légifération. L’association que je représente dispense des stages de conduite en situation difficile. L’objectif est de faire prendre conscience des risques en conditions dégradées. Beaucoup n’imaginent même pas qu’à seulement 30 km/h sur route verglacée, il faut 68 m pour s’arrêter sans équipement, 57 m avec équipement. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une véritable leçon de modestie même si ces 11 m de différence peuvent suffire, parfois, à éviter le drame.


La législation existe, au gestionnaire de la route de l’utiliser à
bon escient et à l’automobiliste de la respecter.


Pneu hiver, pneu été et maintenant pneu « all seasons ».
Attention, le dernier n’équivaut pas au premier. Il est un bon
compromis pour les urbains.

L’avis du conseil départemental

Vincent Hagenbach Conseiller départemental du canton de Kingersheim Membre de la commission Voirie, Infrastructures et transports
Vincent Hagenbach
Conseiller départemental du canton de
Kingersheim Membre de la commission
Voirie, Infrastructures et transports

Imposer les pneus hiver n’est pas d’actualité. En revanche se les imposer devrait l’être pour tous. C’est un gain de sécurité. Le traitement du verglas et de la neige sur les routes départementales représente en moyenne un budget de 2,9 millions d’euros. Compte tenu de ses contraintes budgétaires, et dans un contexte général où le « déneigement » des chaussées n’est plus systématique, aussi pour des questions environnementales, le Conseil départemental a décidé de modifier son niveau d’intervention. L’objectif est de ne plus le surdimensionner.

100 kilomètres de route en 2 x 2 voies jusque-là traitées 24h/24 ne le seront plus que de 3h à 23h. 201 kilomètres verront leur traitement s’arrêter à 20h au lieu de 23h. 1 519 kilomètres de route ne subiront aucun changement. Au vu du trafic compté sur les plages horaires non traitées, ces modifications ne concernent que très peu d’usagers. Cependant, si les prévisions météorologiques devaient dépasser des conditions limites et tendre vers une situation de blocage, nous serons en mesure de les adapter.

Il reste 665 km de routes très secondaires (dont 350 hors agglomération) qui ne seront plus traitées du tout. Ouvertes à la circulation, elles seront signalées par des panneaux spécifiques « route non déneigée, non salée ». Gageons qu’à l’approche de ces routes, désormais non traitées, la prudence y sera plus que de mise grâce à la prise de conscience des usagers de l’intérêt de bien équiper leurs véhicules. Cependant, ils auront toujours la possibilité d’emprunter, en délestage, l’un des itinéraires traités.

Plus d’informations sur :

www.automobile-club.org

www.eugeneformation.com