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Eric Straumann : un an au service des haut-rhinois

Il y a un an, Eric Straumann, conseiller départemental du canton de Colmar 2 et député, était élu à la tête du Conseil départemental du Haut-Rhin. Lui qui préfère aller de l’avant nous accorde un «flash back» sur les grandes étapes de cette première année de mandature.

AVRIL-MAI

Vous êtes élu président d’une assemblée départementale renouvelée à 70 % et composée pour la première fois d’autant de femmes que d’hommes. Cela a-t-il changé la donne ?

L’assemblée départementale s’est trouvée enrichie par la diversité des compétences. Elle a rapidement  fonctionné de façon efficace. Nous avons souhaité que ce mandat soit marqué par un langage de vérité et des décisions courageuses. D’emblée, les contacts avec les habitants ont été nombreux, sur le terrain mais aussi à travers les réseaux sociaux. Je tiens à saluer l’administration départementale qui a bien assuré la continuité des dossiers pendant la période de rodage qui a été plus courte que je ne l’avais imaginée.  

L’une de vos premières initiatives a été de rencontrer votre homologue bas-rhinois, Frédéric Bierry. Quel signe souhaitiez-vous donner ?

Nous partageons les mêmes préoccupations. Nous avons la même image de deux présidents qui n’acceptent pas les diktats. Beaucoup pensaient que notre discours relatif aux contraintes budgétaires était un peu convenu et d’usage en début de mandat. Mais aujourd’hui, l’opinion publique et la presse sont convaincues que l’Etat est en train d’asphyxier les départements. Mais Frédéric Bierry et moi-même avons en commun de ne pas être résignés.  

Vous proposez à François Hollande d’expérimenter en Alsace le maintien des portiques écotaxe. Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’idée d’une écotaxe avait été lancée en 2005 par des parlementaires alsaciens pour trouver une solution au problème du transit des poids lourds. Aussi, l’abandon de ce projet sous la pression des Bretons a-t-il été mal vécu chez nous. Les portiques sont encore en place mais la taxe n’est toujours pas encaissée. La mise en œuvre d’Ecomouv’ a coûté 1 milliard d’euros financé par les automobilistes sur le prix du carburant. Quel gâchis ! Je maintiens qu’il n’y a aucune raison que nous ne puissions pas expérimenter localement ce qui fonctionne sans aucune difficulté en Allemagne et qui est désormais appliqué en Belgique. Cela nous permettrait de financer l’entretien de nos routes.  

Vous adressez également un courrier à François Hollande lui demandant d’harmoniser le régime fiscal des entreprises de la zone économique de l’EuroAirport avec le régime suisse actuellement pratiqué. Ce dossier a-t-il avancé ?

Un accord a été trouvé récemment entre les gouvernements suisse et français. 7000 emplois sont en jeu. Mais nous nous interrogeons encore sur la part de cet aménagement fiscal qu’auront à supporter les collectivités locales. Nous restons prudents. Cette question pose par ricochet celle du droit du travail dans les régions frontalières. Elle met en évidence la rigidité du droit du travail français qui est aujourd’hui le plus grand obstacle à la création d’emplois.  

JUIN-JUILLET-AOUT

Vous vous élevez contre la proposition du Président de la République de ratifier la Charte européenne des langues régionales. Quelle est votre position quant au bilinguisme franco-allemand dans les écoles alsaciennes ?

C’était une charte « peau de chagrin » avec la ratification de seulement 39 articles sur 98 ! L’ensemble des compétences en matière d’enseignement des langues appartient à l’Etat. La convention tripartite entre les deux départements alsaciens et la région, qui permet de soutenir le développement de classes bilingues, n’intervient qu’à la marge. Les grands progrès réalisés ces dernières années restent insuffisants. Il manque une stratégie nationale dans les zones frontalières. Les pouvoirs publics devraient imposer l’allemand comme 1ère langue étrangère dans les collèges alsaciens.  

A la fin de l’été, vous choisissez de faire votre rentrée politique à Breisach, en Allemagne. Pour quelle raison ?

Le forum des maires franco-allemand était une bonne occasion. J’ai toujours été convaincu que l’avenir de l’Alsace se jouait davantage du côté de Fribourg, d’Offenbourg et de Bâle que du côté de la Champagne ou des Ardennes. Le lieu de cette rentrée politique m’a d’ailleurs été reproché par la presse… lorraine.  

SEPTEMBRE-OCTOBRE-NOVEMBRE

Les Conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin tiennent une réunion commune à Colmar. Dans quel objectif ?

Cette réunion commune a été l’occasion de fusionner nos agences départementales et économiques. C’est un projet de longue date qui a enfin vu le jour. Mais au-delà, cette première rencontre était le signe de notre volonté d’apporter des réponses pragmatiques et concrètes dans le contexte de la réforme territoriale. De nombreuses pistes de coopération et de mutualisation entre nos deux départements ont été évoquées dans l’objectif de réduire des coûts de nos organisations.  

Ségolène Royal annonce la fermeture de la centrale de Fessenheim pour 2018, au lieu de 2017. Ça n’était pas une bonne nouvelle ?

La cacophonie gouvernementale sur ce dossier pourrait prêter à sourire mais c’est l’avenir de 2 000 personnes dont il s’agit. La centrale va fermer… mais nous nous plaçons à un horizon de dix ans, pas deux ! A l’heure actuelle, aucune compensation n’est prévue. Pire ! Il nous a été demandé de participer financièrement à la reconversion ! Non, il faut réfléchir calmement à l’avenir de ce site situé à proximité d’une importante zone économique qu’il convient d’activer à cette occasion, notamment en y amenant une voie ferrée.  

Avec Frédéric Bierry, vous  annoncez la mise en vente de la Maison de l’Alsace à Paris. Alors, c’est décidé, les départements alsaciens se séparent de leur fleuron sur les Champs-Elysées ?

Nous avons souhaité étudier toutes les hypothèses quant à l’usage et aux conditions d’exploitation de ce bâtiment, y compris la vente. Ces trois dernières années, nos deux conseils départementaux ont consacré 20 millions d’euros à sa rénovation. Avoir fait cette annonce a eu le mérite de créer un débat sur l’utilité de cet outil, notamment au sein du monde économique. Et nous avons aujourd’hui une idée assez précise de sa valeur et de l’usage qui pourrait en être fait.  

DECEMBRE-JANVIER-FEVRIER

A l’issue des élections régionales, l’Alsacien Philippe Richert est élu à la présidence de la nouvelle région. Etes-vous satisfait de ce résultat ?

La victoire de Philippe Richert, que la majorité alsacienne a soutenu, ne doit pas masquer la véritable question restée en suspens à savoir les contours de la grande région. Les grandes régions sont une construction idéologique destinée à donner le sentiment que le pays se réforme alors qu’elles ne vont réussir qu’une chose: éloigner les habitants de leur administration. En revanche,  l’on pourrait imaginer une nouvelle collectivité née de la fusion des deux départements alsaciens et qui pourrait récupérer les compétences régionales…  

Après avoir annoncé le renforcement des contrôles des bénéficiaires du rSa, votre assemblée soumet le versement de celui-ci à 7 heures de bénévolat par semaine. Vous faites la Une des médias nationaux et mêmes étrangers. Comment vous expliquez-vous cette réaction ?

Ce qui me surprend, c’est que l’on puisse être surpris que des élus décident d’appliquer le programme pour lequel ils ont été élus ! En réalité, cette délibération pose trois questions : celle de l’insertion des publics en difficulté, celle de l’augmentation du nombre des bénéficiaires et celle du financement du rSa. C’est ce « trio » qui a véritablement animé les médias.  Mais quand je lis, dans un grand journal national,  un édito titré ainsi : «le Haut-Rhin ouvre la voie», je me dis que nous avons lancé un débat de fond qui va probablement rebondir jusqu’à la campagne présidentielle.  

L’Assemblée départementale vote son premier budget. Comment s’est passé sa préparation ?

Nous avons réussi à franchir un mur de plus de 30 millions d’Euros grâce à d’importantes économies et à des décisions courageuses. Nous avons pu le faire qu’à travers un travail de fourmi, avec les services et les partenaires. Fiscalement, le Haut-Rhin reste le département le moins cher de tout le Grand Est. Le clair étant fait sur nos finances, nous allons pouvoir maintenant nous atteler à la mise en œuvre de notre projet pour les Haut-Rhinois. Ce sera un travail collectif qui mobilisera tous les conseillers départementaux. Aussi, pour surmonter les baisses déjà programmées des dotations de l’Etat, pour maintenir notre cap budgétaire, nous n’aurons pas d’autres choix que de faire preuve d’audace et d’innovation.