Back to top

Education : science sans frontières

256 étudiants français ont trouvé en 2016 le chemin de l’université de Fribourg, 25 158 étudiants - dont 78 philosophes en herbe sur les traces de Heidegger et 49 chimistes et pharmaciens in spe.

Eucor : le campus européen

Eucor, le campus européen est issu de la coopération entre les universités du Rhin supérieur. Les universités de Bâle, Fribourg, Haute-Alsace, Strasbourg et le Karlsruher Institut für Technologie ont ainsi développé un espace scientifique et de recherche au rayonnement international.

5 universités, 3 pays et 2 langues

Les étudiants inscrits dans une université d‘Eucor peuvent suivre des cours dans les cinq établissements grâce à différentes formes de mobilité, aussi bien dans les domaines scientifiques que dans les sciences humaines. Ils peuvent obtenir des diplômes français, allemands ou suisses. Dans ce campus commun, les étudiants ont accès aux même services que dans leur établissement d’origine : bibliothèques, formations transversales, restaurants universitaires, résidences étudiantes… Le campus européen facilite la recherche dans les cinq universités, et, en tant que pôle scientifique trinational, deviendra plus attractif pour les meilleurs scientifiques internationaux. Un doctorant transfrontalier permet aux étudiants de s’ouvrir à une carrière universitaire trinationale.

En chiffres

  • 115 000 étudiants
  • 11 000 doctorants
  • 15 000 chercheurs et enseignants-chercheurs

Science sans frontières

Quand Martin Graff, écrivain, réalisateur et cabarétiste rencontre Hans-Jochen Schiewer...

Prof. Dr.Dr.hc Hans-Jochen Schiewer. Thèse de doctorat : «Die Schwarzwälder Predigten. Entstehung und Überlieferung der Sonntagspredigten und der Heiligenpredigten.» (Les sermons en Forêt-Noire. Origine et transmission.)

2008. Recteur de la Albert-Ludwigs-Universität. Fribourg.

2012. Commandeur dans l’ordre des Palmes Académiques.

2016. Docteur honoris causa de l’université de Strasbourg.

2016. Président d‘Eucor - Le campus Européen, 5 universités, 3 pays, 2 langues...

L’amoureux de François Villon Hans-Jochen Schiewer est un recteur heureux. Il vient de revêtir les habits de Christo pour envelopper la façade du rectorat, Fahnenbergplatz, avec une toile bleu ciel. Un coup de pinceau matérialise le Rhin, bordé par cinq villes universitaires : Karlsruhe, Strasbourg, Fribourg, Mulhouse, Bâle. L’European Campus - Eucor - est né le 11 mai 2016, au Palais universitaire de Strasbourg, adoubé par François Hollande et Angela Merkel lors du dernier conseil franco-allemand de Metz. Le médiéviste devenu administrateur me signale fièrement que son université est classée parmi le top 10 de la Bundesrepublik.

Je lui avoue un amour particulier pour sa ville. Le visiteur se sent éternellement jeune grâce aux étudiants qui peuplent le centre de la cité. Le seul danger provient de la corrida infernale des cyclistes. «Vous vous déplacez à vélo ?» «Pas en ville ». Il vaut mieux. Une rutilante BMW est parquée devant le rectorat.

« Ein fahrendes Büro ». Les responsables allemands qualifient souvent leur voiture de service de « Buro mobile». Ah, la mauvaise conscience protestante ! Alain Beretz, son homologue strasbourgeois, docteur en pharmacie, a également une voiture de service avec chauffeur à sa disposition. Christine Gangloff-Ziegler, Présidente de l’université de Haute-Alsace ne dispose ni d’une voiture de service ni d’un chauffeur. Par contre elle adore Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Comment surmonter les frontières ?

Je lui cite « L’éloge des frontières » de Régis Debray. Il sourit en me répondant : « Die Wissenschaft kennt keine Grenzen. » Certes monsieur le recteur, mais les savants sont tributaires des soubresauts de la géopolitique, voire Einstein ou les savants turcs interdits de sortie du territoire national.

Collègues oui, amis pas encore

Le professeur Schiewer a bénéficié de sept années de cours de français au lycée, mais préfère poursuivre l’entretien en allemand, dont acte. « Entre présidents d’université nous parlons chacun notre langue maternelle, mais nous comprenons celle du voisin. » C’est la méthode en vigueur au Parlement de Berne. « Vous vous êtes lié d’amitié avec des collègues alsaciens ? » « Bien sûr ! » « Nous nous retrouvons au restaurant. » Mais le pas vers le barbecue ou la fête familiale n’a pas encore été franchi.

Le campus européen Eucor avec les Alsaciens et les Suisses

Le recteur a l’année 2017 en point de mire. « Seed money » est le titre paradoxal mais logique d’un nouveau projet - sans argent les idées restent lettres mortes - Grossforschungsinfrastruktur (28 lettres). L’expression française est moins classe : Grande infrastructure de recherche. C’est tout le problème de la traduction : l’Eucor annonce en français « la pensée n’a pas de limite » Est-ce bien la même chose que « Denken kennt keine Grenzen ? » Plus offensif est le leitmotiv de NovaTris, le centre de culture transfrontalière de l’université de Haute-Alsace : « Osez dépasser les frontières. Mut zur Bildung ohne Grenzen. » L’université de Haute-Alsace ainsi que celle de Bâle font partie du circuit transfrontalier animé par Fribourg.

La science au service du quotidien

Le recteur Schiewer annonce une pléiade de projets dont une recherche inédite sur les « bioinspirierte Materialen ». « Nous allons créer des vêtements pour les ouvriers qui travaillent sur les lieux de forage. S’ils tombent à l’eau, l’habit se solidifie immédiatement et évite la noyade. » Je ne sais pas nager donc je passe commande. « Nous pensons également à des plastiques créés avec des pelures d’orange. » « Qui sentiront l’orange ? » Le recteur donne sa langue au chat en souriant : « Das weiss ich nicht ! »

Une vision rhénane

Le bureau du recteur donne sur la Forêt-Noire et la terrasse du rectorat s’ouvre sur la ligne bleue des Vosges. J’aperçois très bien l’échancrure du col de la Schlucht. Qu’écrit René Schickelé, l’écrivain alsacien transfrontalier, ami de Thomas Mann et Ludwig Marcuse ? « Les Vosges et la Forêt-Noire sont les murs d’un même manège. » Grâce à l’Europe le manège de l’intelligence a remplacé celui des clichés qui pourrissent la vie des peuples.

Le souci du recteur Schiewer

La nouvelle région Grand Est donne du souci au recteur Schiewer. « Elle est trop grande. » Les priorités de la recherche sont certes universelles, mais les contraintes géographiques sont énormes. Raison de plus d’accrocher les racines au ciel pour mieux voir la terre.

Martin Graff

Pour plus d’informations : www.eucor-uni.org