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Bilinguisme, autant de langues, autant de chances

Richesse culturelle, facilitateur de l’apprentissage, ouverture aux autres, tremplin vers l’emploi, le bilinguisme « français-langue régionale » a tout bon !

En 2016, le Conseil départemental du Haut-Rhin consacre près de 1,8 ME à la promotion du bilinguisme « français-langue régionale ».

Dans notre région, être élève en classe bilingue « français-langue régionale », c’est suivre une scolarité en français et en allemand à part égale. Eh oui ! L’allemand n’est pas « que » la langue de nos voisins, c’est aussi notre langue régionale, ou, plus précisément, la forme écrite de notre langue régionale qui se compose de multiples dialectes parlés ; d’où l’enseignement de l’allemand standard, dit Hochdeutsch, dans nos classes bilingues dès la maternelle. Pourquoi si tôt ? Parce qu’à cet âge, le cerveau est prêt à tout : apprendre une deuxième langue ne lui pose aucun problème. Mieux, c’est en lui donnant la souplesse de « jongler » entre plusieurs langues qu’il acquiert la possibilité d’apprendre ensuite d’autres langues plus facilement dont l’anglais, bien évidemment. De plus, de nombreuses études l’ont démontré : la malléabilité cérébrale acquise dès le plus jeune âge facilite également l’apprentissage de manière générale et… l’ouverture aux autres. Mais bien sûr, donner au jeune enfant l’accès à notre langue régionale, c’est aussi et surtout lui transmettre les clés de notre culture et lui permettre d’évoluer plus tard avec aisance dans le grand espace d’échanges culturels, scientifiques, industriels et commerciaux que nous partageons avec les Badois et les Suisses du nord-ouest.

Toute une scolarité sous le signe des langues

La moitié du temps en français, l’autre en allemand, c’est ainsi que se déroulent les semaines en classe bilingue maternelle et élémentaire. Au collège, l’emploi du temps se répartit entre les cours de français, les matières en français, les cours d’allemand et les matières en allemand (histoire-géographie, mathématiques, sport… selon les collèges). Au lycée, l’enseignement bilingue se poursuit avec le cursus Abibac qui permet la délivrance simultanée du baccalauréat français et de l’Abitur allemand. La « section européenne allemand » et, selon les établissements, l’option « allemand langue vivante approfondie » permettent, quant à elles, de se perfectionner sans être forcément issu de la voie bilingue.

Un formidable tremplin vers l’emploi

Les cursus universitaires bi et trinationaux se sont multipliés dans notre région, donnant à leurs étudiants la possibilité de partager leurs études entre les universités alsaciennes (de Haute-Alsace, à Mulhouse, et de Strasbourg), l’Université de Bâle et celle de Fribourg-en-Brisgau. Ils obtiennent ainsi des diplômes reconnus dans les trois pays. Ces formations sont de véritables tremplins vers l’emploi à l’échelle de l’ensemble du bassin rhénan. Cette année, les universités se sont donné la possibilité d’aller encore plus loin ensemble en créant « Eucor-Le campus européen » Etre collégien bilingue ne s’improvise pas, le cursus démarre dès l’entrée en maternelle.


Etre collégien bilingue ne s’improvise pas, le cursus
démarre dès l’entrée en maternelle.

Un tiers du commerce extérieur de l’Alsace s’effectue avec l’Allemagne. Pour les artisans et les entrepreneurs alsaciens, parler l’allemand, c’est s’ouvrir les portes des marchés voisins.      

Ces formations pro qui misent sur l’allemand

L’apprentissage transfrontalier permet de suivre sa formation théorique en Alsace et d’en réaliser la partie pratique sous contrat d’apprentissage en Allemagne. L’Azubi-Bacpro permet d’obtenir le diplôme de son pays d’origine et une attestation de compétences reconnue de l’autre côté de la frontière.

Petit bilingue deviendra grand plurilingue

Un petit Haut-Rhinois sur cinq a démarré cette année sa scolarité en maternelle dans une filière bilingue. Il y apprendra à s’exprimer en français et en allemand. Lorsque le temps sera venu pour lui de se mettre à l’anglais, il aura beaucoup de facilités. Mais qu’en est-il de l’apprentissage encore plus précoce ? De nombreuses études démontrent les bienfaits chez le bébé qui aura eu la chance de s’ouvrir au langage avec deux langues ; par exemple, lorsque ses parents parlent une langue différente, quelle qu’elle soit.

Dans notre région, l’enfant qui aura baigné tout petit dans le dialecte alsacien apprendra l’allemand de façon très naturelle. Il évoluera en école bilingue comme un poisson dans l’eau. Une chance à ne pas laisser passer lorsqu’un parent, les deux ou les grands-parents maîtrisent encore le dialecte. « Notre langue est un trésor que nous devons transmettre à nos enfants » a coutume de dire Yves Bisch, chantre de la langue alsacienne, auteur de nombreux écrits et conférences. « Malheureusement, certains adultes sont encore dans l’idée, héritée d’une autre époque, qu’une deuxième langue tout petit apporte de la confusion dans l’apprentissage du français : c’est faux ! »

Et si personne ne parle l’alsacien dans la famille ? Demandez à votre assistante maternelle. Avec un peu de chance, elle est dialectophone… sans même avoir osé vous le dire !

L’alsacien, une langue à vivre !

Certaines écoles maternelles bilingues associent à leur enseignement germanophone une initiation à l’alsacien. Un peu partout, des associations dispensent des cours pour tout public; l’occasion de s’y mettre ou de se perfectionner à tout âge. Si l’alsacien s’est beaucoup perdu, notamment en milieu urbain, rien n’est perdu ! Il semblerait même qu’il bénéficie d’un regain d’intérêt. Mais si l’on veut faire vivre notre langue régionale, elle doit vivre aussi hors des murs de l’école, dans notre quotidien, à la maison, dans la rue. Ne serait-ce qu’à travers les noms alsaciens de nos communes et de nos rues qui s’adjoignent un peu partout à leurs noms actuels, dans nos magasins ou bien encore à travers ces petits mots du langage courant dont on n’oublierait presque qu’ils en sont : boire un schlouck, grignoter un stuck …

Des festivals font la part belle à notre langue régionale. Parmi eux, « A Friehjohr fer unseri Sproch » rassemble sous son égide une centaine d’événements - spectacles, concerts, conférences… - disséminés dans toute l’Alsace. Les troupes de théâtre alsacien se comptent par dizaine. La télévision régionale fait la part belle au dialecte: Rund Um, A’ Gueter, GsunTheim, Mission Elsassisch, Hopla Trio, Stumpele… Aujourd’hui, parler alsacien, même chez les jeunes, devient « fun » : la « déringardisation » est en marche. Ne ratons pas le train !  Delphine Wespiser se rend dans les écoles maternelles pour donner envie d’apprendre l’alsacien.

En chiffres


Delphine Weispiser se rend dans les écoles maternelles
pour donner envie d'apprendre

  • 20 % des élèves de maternelle et élémentaire en classes bilingues
  • 244 établissements publics et privés (écoles, collèges, lycées généraux et professionnels)
  • 60 000 travailleurs alsaciens en Allemagne et en Suisse
  • 7 000 livres en allemand et 280 documents en alsacien à la médiathèque départementale (à découvrir dans les bibliobus et les bibliothèques du Haut-Rhin).

 

Bilinguisme : une volonté politique forte


Le festival Bilingo de Guebwiller se décentralise en
Allemagne (ici à l’école franco-allemande de Fribourg) et en
Suisse pour porter ce message : pratiquer une langue
étrangère, c’est s’ouvrir à l’autre, à une culture différente,
à de nouvelles perspectives d’emploi.

Le Conseil départemental du Haut-Rhin assure la promotion du bilinguisme dans notre département : il aide financièrement les communes pour l’aménagement de salles de classes lors de l’ouverture d’un nouveau cursus bilingue, soutient l’animation théâtrale en langue régionale (allemand ou alsacien) pour les collégiens des classes bilingues, participe à l’achat de matériel pédagogique pour les CDI des collèges et aide des associations et instituts privés pour la mise en œuvre de cursus bilingues de la maternelle au collège.

Le Conseil départemental du Bas-Rhin est également engagé dans ce domaine. Les deux collectivités envisagent d’ailleurs la mutualisation de leurs moyens et ressources qui leur permettra de renforcer leur action dans les deux départements.

Cette démarche entre en cohérence avec la convention quadripartite portant sur la politique régionale des langues dans le système éducatif en Alsace. A travers elle, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, avec l’Education nationale et la Région, se sont fixé des objectifs ambitieux à l’horizon 2030 : amener à 50 % la part des élèves bilingues à l’entrée en maternelle, faire en sorte qu’au moins 25% des élèves bilingues poursuivent ce cursus au collège, ouvrir de nouveaux pôles primaires qui permettront à chaque famille d’accéder à une offre bilingue de proximité sur l’ensemble du territoire.

De nombreuses initiatives sont inscrites dans cette convention et une programmation pluriannuelle est planifiée pour développer cette politique. Un partenariat conventionné leur permet également de soutenir les missions de l’Office pour la langue et la culture d’Alsace (OLCA) – dédiées au développement de la pratique de l’alsacien dans la vie quotidienne.


Un « label » gratuit pour les communes qui agissent ou souhaitent être accompagnées pour agir en faveur de l’alsacien, c’est l’une des nombreuses actions de l’Olca pour la promotion de la langue régionale.

 

Pour plus d’informations sur :

www.bilinguisme68.fr

www.olcalsace.org (bouton facebook) : Alsacien

www.ac-strasbourg.fr/pedagogie/maeri/la-maeri/ www.sprachsiegel.eu

L’alsacien, facilitateur de la relation aux aînés

Lorsque la mémoire flanche, c’est la langue maternelle qui revient au galop. Pour beaucoup de nos anciens, l’alsacien éclipse peu à peu le français.

C’est une réalité à laquelle sont confrontés la plupart des aidants et soignants. La personne âgée dont la mémoire s’amenuise revient spontanément à sa langue maternelle jusqu’à en oublier parfois le français pratiqué sa vie durant. Pour éviter que l’incompréhension ne s’installe, l’Institut Supérieur Social de Mulhouse initie ses futurs auxiliaires de vie sociale à l’alsacien. « Buschurala, wia geht’s hìt Morga ? Hann’r güat gschlofa ? Wàs wann’r àlìga ? (Bonjour, comment allez-vous ce matin ? Vous avez bien dormi ?

Comment voulez-vous vous habiller aujourd’hui ?)… de simples échanges qui facilitent et ensoleillent la relation. Le CD « Prenons soin de nos aînés en alsacien » édité par le Conseil départemental du Haut-Rhin permet de poursuivre cet apprentissage de façon autonome.

Au format poche, il vient quotidiennement au secours de ces jeunes soignants pour simplifier la relation avec la personne âgée dialectophone.

Dans le même esprit, des étudiants de l’Institut de formation en soins infirmiers de Colmar ont édité un « Lexique français-alsacien au service du soignant ».

Ces deux documents sont téléchargeables gratuitement sur bilinguisme68.haut-rhin.fr , le site du Conseil départemental consacré au bilinguisme dans le Haut-Rhin.