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Bains municipaux, la conquête de l’eau

Au tournant du 19e et du 20e siècle, les municipalités de Guebwiller, Colmar et Mulhouse se dotent de piscines et d’équipements de bains dans un but à la fois hygiéniste et sportif.

Pendant de longs siècles, l’eau a été l’objet d’une lente conquête. Ce n’est qu’à partir du début du 19e siècle que l’hygiène très lentement accède au pouvoir. Il est vrai que tout jusqu’ici s’est opposé à un usage fréquent de l’eau : la crainte d’un refroidissement, une morale tatillonne qui réprouvait les ablutions intimes, l’habitude aussi de lier l’usage du bain à un rite de passage. Pendant longtemps en effet le lavage complet du corps ne s’effectuait qu’à deux moments précis de l’existence : à la naissance et à la mort. Et puis, il faut vaincre la pudibonderie aussi. Le lavage du corps nu dans un bain complet est une pratique tout à fait inhabituelle. Lorsqu’une dame de la belle société prend un bain vers la fin du 18e siècle, son premier geste est de troubler au préalable l’eau avec de la pâte d’amande en poudre ou de la farine pour éviter de se voir en costume d’Eve.

La fréquentation des bains municipaux de Colmar, de plus de 87 000 entrées en 1907, atteint un pic de 259 000 en 1957 avant de rechuter à moins de 60 000 en 1999. L’établissement ferme définitivement ses portes en 2003.

Pendant de longues décennies encore, les rares baignoires publiques restent réservées aux classes aisées qui font également appel aux bains à domicile organisés par des entreprises privées. Certains se rendent aux bains de luxe qui, vers  1850, coûtent de 5 à 20 francs alors que le salaire quotidien d’un ouvrier est de 2, 5 francs! Le peuple, lui, se baigne dans la rivière ou alors se contente des « bains à quatre sous » installés à même le courant et grossièrement clos de  palissades. Ablutions, il va de soi, qui ne sont possibles qu’à la belle saison. Avec la naissance des premières piscines et bains municipaux l’accès à l’eau et à l’hygiène va grandement se démocratiser.

SYMBOLE D’UNE VILLE SAINE ET MODERNE

Depuis très longtemps l’Alsace entretient des relations privilégiées avec l’eau. Même si les vestiges qui y subsistent sont peu nombreux, les hydrauliciens romains sont à l’origine dans notre région de prouesses techniques et de  constructions remarquables. La tradition des thermes y est établie de longue date également et bien plus tôt que partout ailleurs en France les municipalités alsaciennes ont été à l’initiative de bains en rivière et de bains publics. Mais il  faudra attendre la période de l’annexion de notre province au Reichsland pour voir se développer des équipements destinés au plus grand nombre. Des établissements à dimension tout à la fois sportive, sanitaire et sociale, dans l’esprit des bains de natation et des bains médicaux qui se sont développés en Europe centrale à la charnière des 19e et 20e siècles. Dès la fin du 19e siècle, la construction d’une piscine municipale, symbole d’une ville saine et moderne,

L’eau, jusqu’alors crainte, devient objet de plaisir, bouleversant radicalement notre rapport au corps.

est pressentie à Colmar, à Mulhouse et à Guebwiller. Cette dernière ville sera la première à se doter d’un établissement de bain. Le bâtiment dont la construction s’effectue entre 1898 et 1900 est aujourd’hui malheureusement détruit. La  réalisation de la piscine de Colmar est décidée en 1904 et ouvre ses portes en 1906. Quant aux bains de Mulhouse, ils sont conçus à partir de 1911 mais n’ouvrent leurs portes qu’en 1925. Ces trois établissements, ainsi que celui de Strasbourg, sont alors non seulement les piscines les plus modernes d’Alsace, mais de façon générale des bâtiments extrêmement novateurs et audacieux sur le plan technique. C’est la maison Zublin et Cie, alors installée à Strasbourg, qui est chargée du gros oeuvre des quatre bâtiments et qui pour leur construction expérimente et réussit parfaitement la mise en oeuvre du béton armé.

Lors de leur inauguration en 1925, les bains municipaux de Mulhouse sont considérés comme les plus modernes de France proposant de multiples prestations : natation, bains en baignoire, bains romains, « douches à effets ». Des trois  établissements de bains construits à la charnière des 19e et 20e siècles dans le Haut-Rhin, celui de Mulhouse est le seul à toujours être en activité.

 

Le projet initial des bains municipaux de Colmar prévoyait deux bassins, l’un réservé aux hommes, l’autre aux femmes, placés symétriquement par rapport au bâtiment central. Mais seule l’une des deux piscines fut réalisée, ce qui explique la dissymétrie de l’ensemble. L’unique bassin sera donc utilisé alternativement par les deux sexes !

UNE SPLENDEUR RETROUVÉE

Le nouveau Musée Unterlinden, inscrit au coeur d’un espace urbain réaménagé, englobe les galeries du cloître, les bâtiments du 21e siècle ainsi que les anciens bains municipaux. Transformés en un remarquable espace événementiel dédié aux manifestations du Musée (installations d’art, concerts, conférences, spectacles...), les anciens bains ont retrouvé leur splendeur du début du 20e siècle. Accessible depuis la salle d’exposition temporaire mais aussi par le café, ce très bel espace est également disponible pour des réceptions privées permettant ainsi au plus grand nombre de se réapproprier un lieu chargé d’histoire et de mémoire.