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Ariane Geiger-Hiriart

Ariane Geiger-Hiriart : la rebelle fraternelle

Toute sa vie, Ariane Hiriart aura été une rebelle et une insurgée. D’abord contre les fatalités de sa propre vie, et aujourd’hui contre l’ignorance, la haine et la pauvreté.
En 5 dates
1947 : Naissance
1975 : Mariage avec Jacques
1988 : Mort de Frantz
1989 : Se réconcilie avec Dieu
2000 : Arrivée à Kaboul 

 Tout avait pourtant si bien commencé. Une romance dont Hollywood aurait pu s’emparer, tant les débuts sont cinégéniques. Ce jour-là au cours de l’été 1973, Jacques, parachutiste émérite qui venait tout récemment de terminer 4e au championnat de France, remplaçait le moniteur d’Ariane qui n’était alors plus une débutante mais dont le carnet n’affichait pas encore 500 sauts. L’avion s’élève à plus de 3000 mètres. Un à un les membres du groupe se jettent dans le vide. A la demande de Jacques, Ariane est la dernière à sauter. Les 40-50 premières secondes se font en chute libre. C’est à ce moment que Jacques, à 200 km à l’heure, se rapproche délicatement d’Ariane, lui prend les poignets, l’attire à lui et l’embrasse pour aussitôt la relâcher et s’éloigner. Ariane ouvre son parachute, se réceptionne dans un état second, le cœur chaviré. Un an plus tard, le couple se marie.

« La vie, souriante et aimante, nous attendait »

Le 30 décembre 1978 naît Frantz, aux yeux couleur de miel. Frantz est un petit garçon beau et fougueux comme le musicien Liszt que sa maman admirait tant et qui inspira son prénom. Un peu plus d’un an plus tard, la famille s’envole pour l’Angleterre où Jacques doit apprendre l’anglais pour les besoins de son travail dans une compagnie pétrolière américaine. La vie familiale sera désormais ponctuée par les séjours de Jacques aux pays de l’or noir : Indonésie, Iran, Irak… Une vie en pointillés menée de longues années mais dont tous vont se lasser. Jacques veut voir grandir son fils et vivre pleinement auprès d’Ariane. Le couple décide de changer radicalement de vie, de se former à la boulangerie et d’ouvrir une croissanterie à Colmar. La petite boutique où règne une bonne odeur de viennoiserie et de gourmandise, connaîtra un succès fulgurant. Jusqu’à ce jour où tout bascula.

En terre afghane

Le 10 février 1988, la vie d’Ariane et de Jacques s’effondre. La leucémie de Frantz est diagnostiquée. Elle sera foudroyante et les meilleurs oncologues parisiens n’y pourront rien. Le garçonnet de 10 ans s’éteindra quelques mois plus tard. Pour ses parents, c’est une déferlante qui submerge et ravage tout. Les plus sombres pensées envahissent Ariane. Après de longues années d’errance, de reconstruction, de réconciliation avec Dieu, Jacques et Ariane décident de se consacrer aux plus démunis et de faire de leur chemin de croix, un chemin de joie. En 1999, ils partent au Kosovo pour le compte des organisations humanitaires suisses. L’année d’après, ils s’engagent dans une action humanitaire aux côtés des Nations Unies, puis en 2000 partent en Afghanistan. Les talibans y sont au pouvoir. La violence y est inouïe. Et elle décuplera au moment de l’attentat du 11 septembre, les obligeant à quitter le pays en urgence par le tout dernier avion au départ de Kaboul. Dès lors Ariane et Jacques n’auront de cesse de retourner en Afghanistan. Ils le feront dès l’année suivante, pour le compte cette fois-ci de l’ONG qu’ils viennent de créer : le Pélican.
La débâcle des talibans a permis à Kaboul de retrouver un semblant de paix. Mais le chaos reste total. L’économie du pays est agonisante. Une corruption endémique gangrène le pays jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.

 

Le souvenir de mon fils, immensément présent dans ma vie, m’a sans doute poussé à agir au-delà du raisonnable.

Contre l’ignorance et la pauvreté.

En Afghanistan, la haine entre les différentes ethnies du pays, une quarantaine au total, est incommensurable. Un tableau humain dont la noirceur contraste avec l’extrême beauté du pays, avec ses paysages dignes de la création du monde. C’est dans ce sombre contexte qu’Ariane et Jacques vont bâtir des écoles, créer un atelier d’apprentissage aux métiers de la boulangerie, éduquer et donner un avenir meilleur à des centaines de femmes et d’enfants hazaras, l’ethnie la plus défavorisée de Kaboul mais surtout, ce qui vient sensiblement compliquer leur travail, la plus unanimement détestée. Mais rien n’arrêtera le vol du Pélican.
Ni les attentats, ni les kidnappings, ni les trahisons et les menaces de mort. Pas même la mort de Jacques en 2013 n’aura pu freiner l’engagement d’Ariane auprès de ses amis hazaras. Récemment de passage dans la région pour la promotion de son livre et une tournée de conférences, Ariane s’en est très vite retournée à Kaboul pour mettre la dernière main à l’ouverture prochaine d’une nouvelle école pour les sourds.

Pour plus d’informations : « De Colmar à Kaboul. Quand la souffrance débouche sur un chemin de vie » Ariane Geiger-Hiriart. BLF Editions, 16,90 euros. Bénéfices intégralement reversés à l’ONG « Le Pélican ».
Contact : asso.le.pelican@gmail.com