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Adélaïde Hautval l’insoumise

Adélaïde Hautval l’insoumise

Deuxième femme française et première Alsacienne à être honorée du titre de « Juste parmi les Nations », Adélaïde Hautval est un exemple qui nous grandit et nous oblige.

Le courage et la détermination ne l’auront jamais quittée. Jusqu’à la fin, Adélaïde Hautval aura décidé de vivre dignement. Se sachant atteinte de troubles neurologiques irréversibles, elle choisit de se donner la mort le 12 octobre 1988. Son courage, son incroyable force morale ont marqué profondément tous ceux qui l’ont côtoyée. Ainsi le Juge Lewton qui présida au procès d’un médecin d’Auschwitz à Londres en 1964, et qui déclara : « Le Docteur Hautval est une des femmes les plus courageuses et les plus impressionnantes qui ait jamais été appelée à témoigner devant les tribunaux de ce pays. ». Elle même pourtant ne considérait nullement extraordinaire son héroïsme tout au long de sa captivité dans les camps de la mort. Ses actes étaient «tout simplement» guidés par la conviction qu’il faut en toutes circonstances rester humain et aimer la vie plus que tout.
Lorsqu’elle apprend le décès de sa mère en avril 1942 à Paris, Adélaïde Hautval exerce la psychiatrie dans le sud de la France, en zone libre. Souhaitant assister à ses obsèques, elle adresse une demande aux autorités allemandes pour entrer en zone occupée. Face à leur refus, Adélaïde prend le risque de franchir la ligne de démarcation, est arrêtée par la police allemande et est immédiatement transférée dans une prison à Bourges. En ce mois de juin 1942, la multiplication des rafles fait affluer de nombreux prisonniers juifs dans les prisons de la zone occupée. Adélaïde s’insurge vigoureusement contre la manière dont ils sont traités, allant jusqu’à porter un papier jaune portant la mention « Amie des juifs ». « Puisque tel est le cas lui rétorque les autorités, elle partagera leur sort. »

Naissance le 1er janvier 1906 au Hohwald
Arrive à Auschwitz- Birkenau le 27 janvier 1943  
Dernière à quitter le camp de Ravensbrück le 26 juin 1945
« Juste parmi les Nations » le 15 mai 1965
Se donne la mort le 1er octobre 1988

Matricule 31802

Déportée le 2 janvier 1943, Adélaïde Hautval arrive à Auschwitz-Birkenau le 27 janvier au matin dans le convoi dit des « 31 000 ». « On nous a fait descendre des wagons écrira-t-elle dans « Médecine et crimes contre l’humanité »…une plaine immense toute en neige. Nous croisons des files d’hommes aux costumes rayés. Puis des femmes. Têtes rasées. Des faces hébétées. Fils de fer électrifiés qui se perdent à l’infini. »
Sa maîtrise de l’allemand lui vaut d’être affectée comme médecin dans l’infirmerie d’un block où elle s’arrange pour dissimuler les femmes atteintes de typhus et faire des diagnostics inoffensifs car elle ne sait que trop ce que la mention « Est incapable de travailler », termes par lesquels les médecins SS lui demandent de conclure ses rapports, aurait comme conséquences pour ses codétenues. Très rapidement, le médecin chef du camp lui propose de participer à des travaux de recherche. En réalité, il s’agit d’inhumaines expérimentations de stérilisation aux rayons X et aux produits caustiques, auxquels Adélaïde refuse de se livrer. Face au redoutable médecin SS Wirth qui tente de la convaincre que les juifs sont des gens tellement « différents » et qu’en conséquence elle n’a pas à avoir d’états d’âme, le Dr Hautval a le courage inouï de répondre que « dans ce camp bien des gens sont différents de moi, par exemple vous-même ! ». Convaincue que les nazis ne permettront jamais à ceux qui ont eu connaissance des atrocités commises dans les camps de reprendre contact avec le monde extérieur, et s’estimant dès lors condamnée, elle n’en consolide que davantage sa philosophie de vie, son éthique, et sa conviction que « pour le peu de temps que nous avons encore à vivre, la seule chose qui nous reste à faire est de nous comporter en êtres humains ». Des paroles qui resteront profondément gravées dans la mémoire des autres prisonnières.

Une chose est certaine, et vous le savez, de nous deux, le vainqueur ce n’est pas vous !
Adélaïde Hautval au Commandant du camp de Ravensbrück.

Face à «l’ange de la mort»

« Toutes les horreurs commises dans ce monde commencent avec de petits actes de lâcheté. De consentement en consentement, on atteint l’irréversible déchéance ». Une conviction en forme d’injonction qui permettra à Adelaïde Hautval de ne jamais plier tout au long de ses années de captivité. Y compris face à l’ange de la mort, le « Docteur » Mengele, qu’Adélaïde Hautval refuse d’assister au cours de ses expérimentations sur les jumeaux. Transférée à Ravensbrück, elle sera la dernière à quitter le camp le 26 juin 1945. De retour dans la maison familiale de Guebwiller, la santé définitivement altérée par les années de détention, elle y rédige ses mémoires publiés à titre posthume.

Photo de famille au Hohwald. Adélaïde, la plus jeune se trouve sur les genoux de sa sœur aînée. Le père, Philippe Haas est Pasteur de l’Église Réformée. Francophile, il refusera de participer à la propagande antifrançaise ordonnée par l’Empereur. La révérence du Pasteur Haas envers le peuple juif marquera fortement sa fille Adélaïde. A la fin de la première guerre mondiale, lorsque l’Alsace-Lorraine redevient française, Philippe Haas, qui a pris sa retraite à Guebwiller, sollicite le changement de son nom en Hautval, en référence au nom du village où il avait exercé son ministère pastoral.

Adélaïde dite Haidi (à gauche) crée en 1933 avec son frère Emmanuel (milieu) un institut médical destiné à accueillir des enfants atteints de troubles psychiatriques. « Les hirondelles », implanté au Hohwald, fonctionnera jusqu’en 1937.

Cérémonie de remise du diplôme de Juste parmi les Nations en 1965 à Jérusalem. Adélaïde est en cinquième position en partant de la gauche.