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500 ans de réforme

500 ans de réforme

Luther

L’Alsace telle que nous la connaissons n’existerait probablement pas sans Luther. De même que notre province, allemande à l’époque où le moine d’Erfurt placarda ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, a plus que nulle autre contribué à la diffusion des thèses de la Réforme.
  • 1517 marque le seuil d’un monde nouveau.
  • Les 95 thèses de Luther vont créer un véritable séisme spirituel, social et politique.
  • 300 des 900 communes d’Alsace vont adhérer à la réforme.

Fils d’un petit entrepreneur minier issu de la paysannerie et qui s’était élevé au rang de bourgeois, Martin Luther renonça rapidement au droit pour la théologie. Au grand dam de son père qui avait pour lui de grandes ambitions. Devenu sous-prieur du couvent des Augustins de Wittenberg (dans l’actuel Land de Saxe-Anhalt), il approfondit sa lecture de la bible, y découvre un Dieu aimant, miséricordieux, loin du Dieu menaçant tel que l’église le présente habituellement. Cette découverte fera réagir Luther très violemment lorsqu’il aura connaissance des nombreuses campagnes d’indulgences qui touchent de vastes territoires allemands, y compris l’Alsace. Vendues en partie pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, les indulgences peuvent être acquises pour soi-même ou pour un proche décédé et ont pour « vertu » de réduire tout ou partie du temps passé au purgatoire. Bref, contre espèces sonnantes et trébuchantes, un billet express pour le paradis ! Scandalisé par l’idée que l’on puisse faire croire au peuple qu’il est possible de se réconcilier avec Dieu contre de l’argent, Luther rédige 95 thèses afin de susciter le débat avec d’autres théologiens et universitaires. Par ailleurs, contestant l’usage exclusif du latin par les clercs, il s’attèlera avec une poignée de collaborateurs à la traduction de la bible en hochdeutsch, la rendant ainsi accessible au plus grand nombre. Luther veut renouveler l’église, ne cherchant jamais à la diviser. Mais c’est à un monde radicalement nouveau qu’il contribue finalement à donner naissance.

L’Alsace aux avant-postes de la Réforme

Homme de progrès, Luther a porté un coup redoutable au système féodal. Il a ouvert la voie à la liberté de penser, à l’émancipation des hommes, à la sécularisation des nations. Pour le philosophe Hegel, Luther est l’incontestable fondateur de la nation allemande. Son caractère rebelle et ses dons de communication en font également un précurseur de nos actuels lanceurs d’alerte. Son message, l’Alsace plus que nulle autre région était tout particulièrement prête à le recevoir. Nombreux étaient ceux qui, à l’aube du 16e siècle, stigmatisaient les abus de l’église, le mode de vie de ses princes, entre autres l’éloquent prédicateur Geiler de Kaysersberg. Quant aux humanistes, ils oeuvraient en faveur des réformes pédagogiques et morales. Avec peu de succès, car les pesanteurs restaient très lourdes. Le coup d’éclat de Luther, au contraire, va résonner haut et fort dans toute l’Allemagne. Grâce à l’imprimerie dont Strasbourg et la vallée du Rhin ont été les berceaux, les grandes idées de la Réforme vont se diffuser très largement. L’imprimerie malgré tout n’atteint que les élites. Le peuple lui sera gagné par la prédication. Phénomène de ville dans un premier temps, la Réforme va également gagner les campagnes où elle va se confondre rapidement avec les revendications sociales. Au plus fort de l’extension de la Réforme vers la fin du 16e siècle, 300 des 900 villes des villages alsaciens avaient passé dans le temps évangélique. Un succès suffisant pour marquer durablement et fortement la société alsacienne pour les siècles à venir tant sur le plan spirituel que social, politique et économique.

Grâce à l’imprimerie dont Strasbourg et la vallée du Rhin sont le berceau, les idées de la Réforme se diffusent très largement.

Pour le grand sociologue Max Weber, éthique protestante et capitalisme vont de pair. Thèse aujourd’hui controversée que la Haute-Alsace toutefois semble conforter. Sainte-Marie-aux-Mines, Guebwiller, Mulhouse, toutes villes réformées, ont porté pendant plus d’un siècle haut et loin le savoir-faire industriel made in Haute-Alsace.

Avec un grand art de la communication, Luther brûle en public la bulle papale qui l’excommunie.

500 000 exemplaires !

Lancée par la marque Playmobil à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme, la figurine de Martin Luther a connu outre-Rhin un succès fulgurant. Les 34 000 premiers exemplaires furent épuisés en 3 jours seulement et rapidement le petit bonhomme en plastique haut de 7,5 cm vendu 2,39 € pièce se retrouva en vente sur le site d’enchères en ligne eBay entre 10 et 50 €. A ce jour, plus d’un demi-million d’exemplaires ont été vendus alors que la marque n’a pas jugée utile de commercialiser la figurine en France. Pour l’écrivain et ancien pasteur luthérien Martin Graff, le big bang luthérien dont a profité l’Allemagne et beaucoup moins la France serait une explication majeure des ratés du moteur franco-allemand.

Pour plus d’informations : 

- La réforme, 500 ans après. Les saisons d’Alsace Hors série
- Martin Graff Comme l’Allemagne ? Le Big bang Luthérien. Ed. Morstadt